vendredi 28 mai 2010

Le mois de Marie

C'est le mois de MARIE

Le mois de Marie
J+M

C’est le mai, le joli mai. Et Dieu sait s’il est joli sous ces cieux atlantiques où le ciel et l’Océan se rejoignent dans une étreinte éclaboussée d’un bleu si beau qu’il est aussi celui que poursuivent à perdre haleine les fabricants d’azulejos depuis des siècles. J’ai déjà parlé des prairies de l’Alentejo, lesquelles au fait n’ont rien à envier à celles de l’Algarve ou de Tras os Montes. Oui mai est bien un moment merveilleux ici.
Le mai, le joli mai tire à sa fin. Nous avons installé un oratoire pour le mois de Marie, l’enthousiasme incertain devant cette évidente réactivation de la piété enfantine des temps jadis. Il paraît qu’on à l’age de ses enfants et les nôtres ont entre 7 et 11 ans. L’oratoire fut dressé, la plus jeune l’a orné de compositions de son cru, avec des crucifix sur lesquels fleurissent des roses dans un raccourci fascinant, comme si sa jeune âme avait déjà compris que le salut à fleuri sur l’arbre de la croix. Et , avec une incertaine et chancelante fidélité, nous avons essayé de prier en famille devant le petit oratoire. Il faut bien reconnaìtre que les fleurs champêtres qui auraient du logiquement l’orner faisaient défaut, mais une mousse verte et synthétique acquise avec un bouquet a fait des prodiges sur nos gerberas urbains.

Et puis…avant hier ma douce moitié m’a appelé pour me demander d’acheter des fleurs. Une statue de la Vierge venait d’arriver dans notre foyer, poussée par des zéphyrs mystérieux !
La pèlerine est une reproduction de la Vierge de Schoenstatt, celle qui nous accueillait à La Paz pour la messe dominicale, et dont nous avions une petite reproduction à la maison. Cette touchante coïncidence me fait chaud au cœur.
Sur l’autel du mois de Marie il y a des roses portugaises, comme celles de Sainte Isabelle, et des Alstroémères, lis des Incas que nous achetions par grands bouquets en Bolivie.

C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau !

jeudi 20 mai 2010

Bien plus ...

Dieu revêt la nudité de ses enfants, plus tard Jésus sera dépouillé de ses vêtements pour nous revêtir de ceux du salut
J+M

Depuis toujours, Dieu habille l’homme et lui permet d’entrer sans rougir dans la salle des fêtes du Royaume.
Au commencement, Adam et Eve découvrent leur nudité en même temps que leur état de pécheurs. Quelle déconvenue pour ceux qui s’imaginaient devenir comme des dieux ! Cette situation doit probablement hanter l’inconscient collectif des humains, car beaucoup d’entre nous ont fait l’expérience d’un rêve terriblement désagréable dans lequel nous sommes nus, ou sales, ou affublés d’oripeaux ridicules en face d’un groupe bien vêtu.
Dès la chute des 2 premiers hommes Dieu a immédiatement mis en œuvre un plan de miséricorde en leur remettant une tunique faite de peaux de bêtes, sans doute plus agréable à porter que le pagne de feuilles de figuier confectionné en hâte par le premier couple. Ce cache misère à n’en point douter devait être inconfortable. La tunique était préférable, même si l’usage des peaux fait bondir les amis écolos qui détestent que l’idée même de la fourrure. Qu’ils se tranquillisent ! Car en l’espèce, on reconnaîtra dans ces pelages offerts par Dieu à ses enfants désobéissants l’image de la ruine d’un projet stupide. Les bêtes représentent deux idolâtries, celle être autosuffisant et celle d’être l’égal de Dieu. Ces deux erreurs ont éclipsé brièvement le culte divin dans le cœur d’Eve et d’Adam c’est pourquoi elles apparaissent comme des bêtes. Mortes, elles attestent de l’échec de ce projet ; et Dieu qui tire le bien du mal s’en sert pour vêtir ses enfants.
L’abandon du projet idolâtre que figurent ces dépouilles est un pas vers le repentir, qui entraînera le pardon. Il est intéressant de noter ici que le pardon du Seigneur précède ce repentir.
Donc, le geste tout empreint de sollicitude d’un Dieu qui habille ses enfants pécheurs - geste si bienveillant qu’il en est paternel, et même maternel- inaugure une attitude dont Dieu ne se départira jamais face à un être humain toujours tenté par l’autonomie et l’idolâtrie.
On retrouvera ce geste divin à la Croix. L’homme nu qui s’enfuit sous le regard des gardes alors que l’on emporte le Seigneur vers son supplice représente, je crois, notre humanité toute entière.
Un jeune homme le suivait, n'ayant sur le corps qu'un drap. On se saisit de lui; mais il lâcha son vêtement, et se sauva tout nu (Mc :14, 51-52)

L’humanité apparaît extrêmement faible, vulnérable, en proie aux pires terreurs. La fuite et le dénuement du jeune homme tout nu qui s’enfuit avant l’exécution de Jésus en donnent une image poignante. Mais la mort du Seigneur réhabilitera les hommes (qui seront désignés dans l’Apocalypse comme ceux qui ont lavé leur vêtement dans le sang de l’Agneau), et recouvrira leur nudité congénitale de la pourpre perdue des enfants de roi. De mystérieuse façon, dans la vaste plan général du Salut, le Christ a voulu partager cette nudité et a accepté, pour nous revêtir de Sa gloire, d’être littéralement dépouillé de ses vêtements. C’est, ne l’oublions pas, son abaissement qui nous relève, et rien d’autre. (Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu Eph : 2,8)

Le vêtement perdu, donné, retrouvé appartient ainsi au réseau des signes que déploie depuis le début de l’histoire de l’homme la générosité de Celui qui réclame notre confiance et à qui, opiniâtrement, nous la refusons.
Signe que la miséricorde de Dieu traverse et accompagne nos vies dans leur intégralité, le vêtement donné en vient à représenter par métonymie la Providence elle-même, que décrit Jésus en ces termes :
« Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Regardez les lys des champs, je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’entre eux. Et si Dieu revêt de la sorte l’herbe des champs, qui est aujourd’hui et demain jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ! » (Matthieu 6 : 28-29)

Il faut savourer ce « bien plus », car il sert de remède à notre méfiance congénitale, héritée d’Adam qui l’a reçue de Satan. Car il y a effectivement bien plus, infiniment plus que cet habit temporaire pour lequel nous courons tous en haletant (et que les victimes de la mode ne viennent pas me dire le contraire) : il y a cette extraordinaire faculté que donne le Seigneur à Ses rachetés, c’est à dire à tout un ramassis de pauvres hères trouvés sur les places et au bord des chemins creux, vagabond, désœuvrés et mendiants dans lequel on reconnaît la vision saisissante d’une humanité rendue aux dernières extrémités par le péché et l’ignorance ... d'avoir accès à l’enceinte de la fête !
Dieu, le Maître des lieux, la revêt d’un vêtement de noces et ceux qui seront refoulés seront ceux qui ne voudront pas de cette rédemption. Laquelle passe par la foi au Christ Jésus, l’adhésion à sa doctrine :
"Celui qui croit au Fils a la vie éternelle, celui qui ne croit- pas au Fils ne verra point la vie" Jean 3 : 36

En effet, bien plus que les habits périssables, Dieu accorde vie, santé, amour et tous les biens d’éternelle façon.
Il n’a jamais cessé de le faire depuis qu’il a jeté sur la nudité d’Adam la première tunique, qui annonçait celle dont Il se dépouillerait à la croix pour que nous n’apparaissions plus indignes d’entrer dans la demeure éternelle de sa Fête. Ce Dieu là est un Dieu scandaleux, scandaleusement injuste avec Lui même, qui s’abaisse jusqu’à l’anéantissement, fait de nous ses fils et nous hisse jusqu’en ses sublimes hauteurs. Comment ne pas l’aimer, en retour, follement ?

jeudi 13 mai 2010

Ce 13 mai

Un demi-million de personnes ont participé, jeudi 13 mai, à la messe célébrée par Benoît XVI à Fatim
Ce 13 mai revêt une triple importance pour le chrétien du Portugal et du monde entier (c’est ça l’avantage d’être catholique, c’est à dire universel).
En effet trois fêtes confluent ce jour, illuminant la méditation dans une nette perspective de réjouissance. Elles ont un point commun : blancheur et élévation.

La première est la fête liturgique de l’Ascension.
En toute rigueur, si l’on s’en tient à une lecture superficielle du fait de l’Ascension, on pourrait imaginer que c’est un événement triste, puisqu’il marque une rupture dans la présence physique et visible de Dieu sur nos chemins. Mais si l’on y regarde de plus près il n’y a aucune raison de refuser la joie qui sourd des promesse faites par le Seigneur lui même qui nous assure avant de monter rejoindre son Père et le nôtre, cf Jean 20 :17) qu’il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

Nous sommes contemporains du Christ au même titre que ceux qui le virent sous sa forme humaine il y a vingt siècles, Il est dans notre vie, palpable par la foi et l’amour tout comme il le fut jadis en Palestine, et sans doute même plus, car la communion Le rend encore plus proche qu’Il ne l’était à ses disciples et amis. Le Christ qui affirme qu’Il est avec nous ne ment pas, il faut simplement L’accueillir et l’aimer à l’intime de soi pour découvrir la vie qu’Il veut nous donner, comme l’ont reçue les éclopés de la vie et de la grâce qu’Il soignait sur les routes de la terre sainte.
L’Ascension démultiplie donc si l’on peut s’exprimer ainsi les grâces que Jésus accorde aux hommes, car elle Lui restitue sa vraie stature de Fils de Dieu sans le dépouiller de sa condition d’homme. Homme et Dieu, Il est doublement attentif aux hommes non encore divinisés par Lui. Avec une double pitié Il se rapproche de nous, joignant à Sa puissance au sein même de la Trinité une perception humaine et solidaire de nos besoins.

Première élévation donc, celle du Christ montant vers son Père et notre Père, nous ouvrant le chemin des cieux et nous attirant dans son sillage.

Deuxième tableau à méditer en ce grand jour de fête, celui de la lande de Fatima au centre du Portugal.
Il y a 93 ans, un 13 mai comme aujourd’hui Marie est venue dans l’histoire des hommes parler à des enfants. Elle leur a indiqué un chemin qui passe par la joie, le sacrifice et la solidarité avec les hommes, tous les hommes, y compris ceux qui refusent l’idée même de Dieu ou celle de la rédemption. Les enfants l’ont compris et admis, et sous la tutelle maternelle de Marie, ont gravi le chemin de l’héroïsme avant l’âge de 10 ans.
A ce jour, deux de ces trois enfants (Jacinthe et François) ont été inscrits sur le livre des saints et la troisième, Lucie, qui devait décéder à l’ âge de 97 ans au printemps 2005 figurera sans doute un jour à leur côté mais en condition d’adulte.
Retenons de cette date anniversaire du 13 mai que Marie, messagère de Dieu, intervient dans notre histoire au même titre que Jésus, pour nous élever et nous arracher à la succion de la boue, si l’on veut bien considérer que le péché est un enlisement dans des sables mouvants.
Son message à trois enfants très jeunes ni particulièrement disposés ni particulièrement instruits en a fait des saints à une vitesse fulgurante tout en les remplissant de la plus belle des sollicitudes pour le genre humain : en effet ils n’ont jamais cessé de prier et de s’offrir pour les pécheurs.
Marie les a donc conduits très haut sans les déconnecter aucunement de la vie et de la condition humaine. Lucie a pris une autre voie mais sa solidarité personnelle s’est exprimée au moyen d’une vie de carmélite vivant dans l’oblation et l’intercession.

La hauteur à laquelle sont parvenus les enfants de Fatima là encore nous concerne tous, car elle indique un jalon sur notre propre parcours d’hommes qui ne peuvent en aucune façon s’élever sans les autres ou déconnectés des autres. C’est le désir de partager les grâces venues d’En Haut et la sollicitude pour les pécheurs (les enfants ont eu la révélation de l’enfer, ce qui les a rempli de compassion pour les âmes qui risquaient d’y tomber) qui a fait de ces trois jeunes portugais du début du XXº siècle des référents pour notre époque.
Fatima est devenu le lieu ou Marie parle au monde actuel, où elle annonce la victoire de son Cœur Immaculé.
C’est donc un lieu où le Ciel se fait proche, où plus exactement la distance entre le Ciel et la terre apparaît dans sa vérité : elle est infime, un simple battement amoureux de cœur en réponse à l’amour de Dieu peut admettre en sa présence selon la promesse du Christ.

On comprend pourquoi le pape a tenu à s’y rendre. Où mieux qu’à Fatima (ou plus de 500 000 personnes l'ont acclamé et suivi tout ce jour) peut –il parler de la proximité du Ciel et de la joie du salut ? Cette journée du 13 mai invite toute la catholicité à s’élever vers Dieu en se laissant porter par l’ascenseur céleste inauguré par Jésus Christ, monté vers son Père et Notre Père, pour inscrire notre nom dans le livre des Cieux et nous revêtir par avance d’un vêtement de fête dépassant en blancheur tout ce que nous pouvons imaginer ou rêver.

mercredi 12 mai 2010

Benoit XVI au Portugal. Messe à "Terreiro do Paço" à Lisbonne

Visite papale à Lisbonne


J+M
Hier, lors de la visite papale à Lisbonne, notre famille a pu participer à la grande messe en plein air concélébrée par le Saint Père avec un nombre considérable de cardinaux, évêques et prêtres. La foule qui avait répondu à l’appel du Saint Père m’a fait penser à celle des pairies en fleur de l’Alentejo, comme elles multicolore et bigarrée. Avec quelques bonus. La joie et l’insouciance face aux misères nées de l’organisation, des transports, et des autres contraintes, elle a scandé de joyeux slogans sans se fatiguer pendant deux ou trois heures avant la messe, et a acclamé l’homme en blanc venu de Rome interminablement.
Bento XVI comme l’appellent les portugais a rappelé lors de la célébration le rôle éminent du Portugal dans l’évangélisation de la planète, et le rôle de plusieurs saints portugais dont certains, comme Nuno de Santa Maria, s’ils ont fait l’histoire du Portugal, ne sont sur les autels que de fraîche date.
Il a conclu une homélie somme toute simple et courte, parlant du Christ et de la foi en termes clairs longuement applaudis, par une mention toute spéciale à la Toute Sainte, dont il visitera demain 13 mai, date anniversaire des apparitions, le sanctuaire de Fatima.
Sa visite rappellera que Dieu intervient dans l’Histoire des hommes comme Il l’a fait en 1917 à Fatima, ce qui, en cette époque de remise en question systématiques de valeurs du christianisme, voire de franche christianophobie apporte du baume au cœur des croyants. Non , Dieu n’est pas devenu sourd, oui, Il est toujours à l’œuvre, oui, le Christ nous accompagne aujourd’hui comme il a 20 siècles, Il est au milieu de nous et ne demande qu’a entrer dans nos cours et nos vies pour nous apporter le bonheur, oui, le message du chrétien est toujours celui ci. Le pape l’a rappelé avec un plaisir immense et visible devant une foule estimée à plus de 100 000 personnes, peut être le double, que les lectures de la messe semblaient désigner (et particulièrement Apocalypse 7 : 2-4, 9-14)

On a beaucoup glosé ces derniers temps au sujet du péché de l’Eglise, lui accordant une attention exorbitée (Compte tenu de son énormité, c’est compréhensible, mais cela ne saurait servir à définir l’Eglise).
Le peuple portugais a apporté une réponse pleine de zèle et d’amour au petit homme frêle venu de Rome, montrant que pas plus qu’il n’était dupe des tentatives de récupération opportunistes, il n’était frappé d’amnésie. Le Portugal s’est déclaré hier catholique à la face du monde, c’est son honneur et c’est notre bonheur.

samedi 8 mai 2010

Voir l’Alentejo en fleurs

Alentejo en fleurs id=
J+M

Voir l’Alentejo en fleurs c’est, devant cette profusion, un vertige. Tant de fragilité accumulée parle curieusement d'une force, et porte les traces d’une création fraîchement accomplie, peut être encore en train d’avancer.
Couleurs, parfums, cette émotion mystérieuse où les sensations se fondent et se rejoignent, quand les tons deviennent sucrés, parfumés ou encore amers. Tant d’harmonie appelle dans l’âme des échos qui vibrent comme en spirale, s’entraînant et se répondant.
Tout d’abord on se surprend à penser à la terre, nue au petit jour, au matin couverte d’un court duvet vert, et à midi exultant des couleurs de l’arc en ciel. Le travail effectué par les rosées et les lunaisons a pu aboutir à cette folle perfection, hélas éphémère. Mais déjà sous la sève sourd la cosse, la graine, la récolte, et cachée au milieu des feuilles, l’automne brune est contiguë d’un dépouillement qui sera revêtu de gris.
Les pensées de plénitude alternent avec celles qui évoquent la fin et dessinent la geste immense, toujours recommencée du combat spirituel.

Voir l’Alentejo en fleurs c’est aussi s’incliner en esprit devant la parole du Seigneur qui annonçait jadis cette brève munificence :
Si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui existe aujourd'hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? (Mat 6: 30)

La prairie évoquera donc la Providence. Car, même si nous sommes en toute rigueur semblables à cette herbe
L'homme! ses jours sont comme l'herbe, Il fleurit comme la fleur des champs.(Psaume 103 :15) Dieu se plaît à nous revêtir depuis les origines, depuis qu’Adam et Eve avaient maladroitement caché leur honte sous des feuilles de figuier.
La miséricorde, toujours à l’œuvre leur avait donnés des peaux de bêtes, bien plus douces au toucher.

Voir l’Alentejo en fleurs c’est donc aussi voir une providence bienveillante, qui croit en l’homme et l'invite pour la fête après avoir posé les termes de l' improbable équation qui change un néant en un "moi" capable de dialoguer avec Dieu.