
La rencontre hier avec cette effigie
du Seigneur garrotté dans l’attente du jugement et de la crucifixion actualise
en moi les images de la Passion, et ce sont les dernières Paroles du Christ qui
hantent mon "lambeau de prière" ce soir.
Aujourd’hui même tu seras avec Moi en paradis. (Luc 23; 39-43)
Quelle
merveilleuse promesse, prononcée à un tel
moment !
Au
Calvaire, deux hommes et un Dieu.
Deux
malfaiteurs qui nous représentent parfaitement. L'un accepte le salut, l’autre
le refuse. Voilà notre histoire commune ainsi figurée. Car nous allons tous
mourir un jour ou l’autre et nous aurons à accepter ou non ce salut en cette
heure ultime.
Ce
qui m’impressionne dans cet épisode c'est que notre humanité est figurée par
deux larrons. Deux voleurs. Or n’est-ce pas là un raccourci saisissant de notre
condition ? Qu’est-ce que l’homme non encore racheté si ce n’est un voleur ?
Suivant en cela les traces d’Adam, qui s’est emparé d’un privilège que Dieu
même lui réservait pour plus tard, l’homme vole des tas de choses. C’est
malheureusement inhérent à la nature humaine déchue que de vouloir s’emparer de
ce qui n’est pas à soi. Argent bien sûr. Mais aussi terres, limites, objets. Et
encore réputation, estime, curriculums, temps. Pour finir, last but not least, vol systématique du tribut de reconnaissance et
d’adoration dû à Dieu.
En
pourcentage, combien de temps pour moi et combien de temps pour Toi mon Dieu
dans ma journée ? Quel pourcentage de mon salaire va aux pauvres et à mon
église ? Enfin, parce que des choses plus graves se passent dans l’indifférence
générale, combien de docteurs et de savants décident de gérer eux mêmes le
mystère de la vie, et s'emparent ce faisant de l'une des principales
prérogatives de Dieu, qui est de donner – et de reprendre– la vie ?
Ce
mot voleur dans la Bible n’est certes pas indifférent. C’est ainsi l’épithète
que Judas mérite sous la plume de Jean, qui le qualifie ainsi dans son Evangile, lui qui connaît son crime et l’a côtoyé
environ trois ans, pendant la vie publique du Seigneur.
Ce
voleur fils d’Adam, ce Judas en résumé, c’est nous, c’est moi.
Ne cherchons pas une représentation du
larron racheté : c’est la nôtre. Nous sommes rachetés par la Miséricorde en
tant que voleurs, parce que voleurs. Parce que fils d’Adam.
Parce
que moi aussi je suis un Judas en puissance. Parce que je ne puis imaginer que
Dieu va me combler de tant et tant de bienfaits, de richesses, de gloire. Alors
cette faim que j'ai de grandes choses, je la trompe par un abaissement, une
descente dans la fange, et c'est là que Tu viens me chercher, ô Christ !
Et
quelle profusion de rachat en échange d’un élan du cœur de ce pauvre homme ! La
paradis aujourd’hui même. Le purgatoire est fait sur la croix et la souffrance
odieuse, injuste du condamné (exécute-t-on un semblable pour une bourse volée
ou une maison dévalisée ? C’est un autre débat) s’associe à celle du Rédempteur
pour produire un merveilleux fruit de salut et faire entrer une âme dans le
royaume parmi les premières.
Saint
Bon Larron, associe ta prière à la nôtre et obtiens de Dieu qu’Il nous fasse
désirer les biens éternels, et que, les désirant, nous soyons déjà comblés.
***
Jn
12:6
Mais il (Judas) dit cela non par souci des pauvres, mais parce qu'il était
voleur et que, tenant la bourse, il dérobait ce qu'on y mettait.