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mardi 28 juillet 2009

La leçon de la cigale (suite)

Exuvie de Cigale
C’est , comme le signale justement mon amie Nicole mon côté méridional qui est en jeu. Dès qu’il s’agit de parler de quelque affaire du Midi me voilà en verve parait-il. Et s’il s’agit d’une bestiole, encore plus. Alors pour ne pas démentir cette réputation, un nouveau petit coup de cigale et de Midi.

Il y a, on l’a vu, pas mal de choses dans la Cigale que je trouve absolument fascinantes.
Outre son enthousiasme et son orchestre personnel qui lui fait entonner si justement l’hymne que l’on sait.
C’est sa résolution.
Voici un animal qui vient de passer 4 ans dans un sous-sol humide, qui y a pris ses habitudes, qui a fini par y faire son trou, et par connaître les bons circuits conduisant aux bonnes racines.
Elle a su mériter, se faire honorablement connaître de ses amies et éviter ses ennemis, bref sous terre elle est chez elle, dans son élément.
Elle a tiré parti de ses forces minuscules et de la boîte à outils que Tu lui avais donnée. Toute sa longue vie d’insecte elle l’a passée sous terre à sucer des racines et à creuser. Or il advient que sous l’impulsion de l’instinct elle quitte tout son monde connu et fait un grand saut – figuré– dans l’Inconnu. Elle monte à la surface !
Chose qui ne lui était probablement jamais arrivé.
Il est bien entendu que c’est pour elle une question de vie ou de mort. Soit elle émerge, soit elle meurt. Quels que soient les risques, rien ne l’empêchera de se hisser au tronc d’un arbre et d’y grimper.
Or voici que la « chétive pécore » (ah l’école de St Siffret et ses leçons de français, de récitation et de calcul) n’hésite pas et se lance tête baissée dans une aventure où elle a tout à perdre.
Habitudes, situation, prestige, connaissances, alimentation et revenu.
Comme Abraham au pays d’Ur en Chaldée qui part pour la Terre qui pour être promise n’en est pas moins inconnue et sans doute pleine de périls.
Là encore la bestiole nous donne une leçon magistrale d’abandon à la Providence.

Je l’entends déjà si elle était affectée d’un cœur humain.
Je l’entends déjà se plaindre des heures supplémentaires à creuser pour aller en haut alors que sa formation c'est d'aller vers le bas ;
Qu’on ne lui a pas versé son indemnité de mue et son allocation de perte d’exuvie (je sais que j’exagère Nicole mais c’est vraiment ce mot qu'on emploie chez les cigales).
Qu’elle a cotisé au fonds de racines et d’humeurs et que c’est pas pour qu’on lui demande une participation exceptionnelle aux frais d’ascension qui risque de la pénaliser dans sa progression de carrière.

Si elle appartenait à une église elle dirait qu’elle a toujours chanté en langue sacrée et qu’on ne lui fera pas marmonner des trucs modernes la tête en bas (ou en battant des mains, ou face au peuple, ou dans la main, que sais-je encore ?)
Elle invoquera le filioque pour rester chez elle, dans la terre, dans son groupe de prière ;
demandera que fait Rome pour parer à de tels scandales et s’étonnera que la conférence épiscopale ne soit pas sensible à son cas
Elle écrira même un blog pour condamner sévèrement l’effroyable destin des cigales d’Irlande qui s’y sont fait prendre
Bref pas à elle non, on ne la lui fera pas. Et elle restera dans son trou , où elle périra.
Sans avoir connu l’ivresse du Ciel bleu, l’odeur de la Résine dans le chaud Mistral, le goût de la Sève des Amandiers tatoués de Lichens oranges.
Elle périra sans avoir vu ses ailes pousser, sans avoir reçu la grâce de la fécondité
Moignon inerte et inutile au fond d’une galerie sombre.

Mais –Dieu merci– c’est bel et bien un cœur pur et léger de Cigale qui bat sous ses ailes transparentes. Elle est donc montée sans hésiter, probablement sans un regard en arrière pour ses anciens domaines et sa vie passée. Elle a lu dans St Paul aspirez aux choses d'en haut et elle a cru en la Parole de Dieu, elle a donc vu le Ciel et elle a fait preuve de grandeur et c’est à présent la fête à la cymbale et la garrigue entière le sait !

Ouf !
On a failli avoir peur.
Merci Seigneur de nous donner ce soir un grand cœur de Cigale, et pas un de ces vilains petits cœurs d’homme.

dimanche 26 juillet 2009

La leçon de la cigale

cigale, Saint Siffret juillet 2009
Il m’est arrivé la semaine dernière, alors que j’étais à Saint Siffret chez mes parents, de surprendre une cigale et, ô joie rare, de pouvoir la photographier. Je suis encore tout abasourdi d'enthousiasme car la bestiole m’a donné une leçon bien éloignée de celle de la fable qu’on m’avait enseignée à l’école de ce même village il y a de ça, ma foi, fort longtemps.

En l’observant, je pensais qu’il était grand temps de rendre justice à la cigale car sa réputation tout à fait détestable de tête brûlée, de sans souci et toute paresseuse est tout aussi odieuse qu’imméritée, Tu le sais bien Seigneur Toi qui l'as créée ; et j’aimerais ce soir Te dire à quel point mon cœur de méridional est pris d’une « sainte » jalousie devant ce gentil insecte qui représente d’une certaine et gracieuse façon notre destinée.
En premier lieu, son exultation (j’en parlais hier) sur les arbres est tout à fait légitime si l’on pense à l’invraisemblable parcours du combattant qu’il a dû subir pour en arriver à son triomphe.
Pondu et abandonné, l’œuf de cigale a donné naissance à un vermisseau minuscule (Fabre l’a très bien décrit), aveugle et mou, qui a dû s’agripper, descendre en terre, creuser et se fixer à une racine pour en sucer les humeurs pendant un interminable hiver. Ses forces constituées, abreuvé a cette source minuscule, il a entrepris un parcours souterrain tout à fait remarquable, fouissant la terre très dure de ses pattes menues pour se développer pendant 4 années complètes sous le sol, ce qui représente pour une bestiole aussi petite une éternité d’efforts en miniature . Enfin un beau jour, il a su rompre avec ses habitudes souterraines, s’est hissé sur une tige, a mué, c’est à dire qu’il a abandonné son enveloppe corporelle et ses outils de travail de terrassier aveugle pour devenir grimpeur. Accroché à un tronc d’arbre, il est sorti de son enveloppe et a laissé ses ailes se développer pour prendre un essor auquel absolument rien ne l’avait préparé si ce n’est les instructions très précises que lui avait donné l’ «instinct », qui est la feuille de route que Tu lui as assignée depuis les origines.
Enfin, après cet envol, fixé à une branche, baigné par la lumière pour la première fois de sa vie, l’insecte s’enivre de soleil et de la sève des branches que son rostre est capable de forer. Comment s’étonner de cette allégresse ! Le voici dans l’empirée des cigales, et son bonheur crisse et devient un cliquettement de joie audible à des centaines de mètres.
Et pendant que j’observais et photographiais la bestiole, je pensais qu’elle était une sorte de croquis, de résumé, de mode d’emploi pour la vie éternelle que Tu nous donnes. Comme un divin apophtegme, en quatre dimensions (temps compris).
Ne sommes-nous pas ce vermisseau aveugle et nu qui lutte depuis son origine dans l’obscurité pour parvenir à Ton soleil ? La racine qui nous abreuve, parfois amère, parfois douce, ce sont les sacrements de Ton église ô Jésus. La terre est l’élément où nous nous agitons, où nous souffrons, où nous devons lutter avec notre épaisse matérialité. Il nous faut au prix d’un effort écrasant, terrasser comme le fait l’humble vermisseau des volumes de terre qui nous dépassent, mais comme lui nous savons confusément que notre vraie patrie est aérienne. Notre lutte quotidienne avec la matière nous fortifie. Ainsi, sans nous installer dans la boue qui nous abrite et bien portés par une ferme espérance, au prix de continuels efforts on finit par gagner le ciel, le soleil et la lumière. Même si cela semblait impossible quand on fouissait la terre sans avoir jamais vu le moindre rayon depuis l’éclosion. Et la mort est la mue qui nous donne des ailes et nous introduit enfin dans Ta lumière, où nous pouvons à tue-tête clamer que Tu es bon, tandis que Toi même Tu nous éclaires (Ap 21:23).
Alors merci pour la leçon de joie et de persévérance, Cigale, ma sœur. Née des mains du Créateur génial qui nous a tous appelés à l’existence, tu nous dis cet été combien il est doux de se laisser dorer au soleil de Dieu et de quelle façon Il tient ses promesses en nous donnant infiniment plus que nous ne saurions demander ou concevoir.(Ep 3:20)
Et surtout, pas avare de ta louange, tu la fais retentir bien haut.
Comme il est « juste et bon » de le faire !

L’insecte obéît avec zèle alors que ses jours durent si peu. Nous les hommes, appelés à vivre pour l’éternité, laisserons- nous les bestioles nous en remontrer ?

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* Ap 21:23- La ville peut se passer de l'éclat du soleil et de celui de la lune, car la gloire de Dieu l'a illuminée, et l'Agneau lui tient lieu de flambeau
* Ep 3:20-A Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir