dimanche 28 février 2010

Où il est question d'oiseaux, de ciel bleu, de mer et d'un peu de sang


J+M

C’est l’histoire d’une société de Goélands qui a perdu la mer et vit sur un de ces dépotoirs qui sont le revers de la médaille des paradis urbains. Peuplés de rats et de porcs, de chiens errants et de toutes sortes de vermines, ils nourrissent aussi ces oiseaux-là qui en sont apparemment fort aise.
Au début la transition entre l’Océan et l’immense tas d’ordures fut difficile pour les oiseaux. Certes il y avait abondance de protéines et autre rebuts recyclables, certes il y avait là des pitances inouïes et, disons-le tout net, savoureuses, que la mer jamais n’offrit à la gent pélagique : charognes, hamburgers Quik halal ou non, rondelles de mortadelle périmée, délicieuses carcasses en décomposition, passons. Le bec des oiseaux marins gardait cependant le souvenir des saveurs sauvages façonnées par les embruns. C’est donc lentement que l’habitude de vivre de la pêche, l’ivresse de suivre les barques des pêcheurs en tournoyant en groupe, les ailes déployées pour épouser le vent fut oubliée ; le confort et la chaleur du vaste dépôt firent le reste et notre colonie y prospéra. Il y eut quelques autres désagréments connexes …

Les ailes devenues inutiles s’atrophièrent, on s’en consola.
Les pattes durent s’arquer et se durcir pour fouir les masses en décomposition ; on en fit son affaire.
Les becs aussi se durcirent et prirent un aspect crochu semblable à celui des vautours. On en prit son parti.
Et pour finir, il fallut aussi consentir à voir les rats dévorer la plupart des nichées. En effet, en l’absence de falaises, les oiseaux durent apprendre à couver à même les immondices, pour le plus grand profit des rongeurs qui les peuplent. Il fallut aussi passer cela par pertes et profits, et même feindre d’admettre que le contrôle de la natalité était un progrès, signe de l’avènement de temps modernes, prospères et radieux.

Survint un jour un grand Goéland venu de la ligne d’horizon, qui se surprit et se désola de voir ses frères de race à cepoint diminués et enlaidis, si différents du projet des origines pour lesquels ils avaient été créés.
Informé de leurs coutumes, il versa tant des larmes au récit du destin des œufs dévorés que la colonie préféra ne pas lui parler des poussins qui l’étaient aussi. A leurs questions sur sa lignée il répondit sans hésiter, et grande fut leur surprise quand il les informa qu’il ne venait d’aucun dépotoir mais bien de la mer.
Et que mangeais-tu là-bas ? s’étonna-t-on.
Des poissons volants que j’attrapais en vol, leur fut-il répondu.
L’affaire fit grand bruit et provoqua un scandale médiatique sans précédent. Elle fut rapportée aux anciens qui la classèrent sans suite, ne sachant comment la traiter et espérant que le nouveau venu veuille agréer comme les autres les délices de l’ordure.

Mais le grand Goéland n’en fit rien. Loin d’adopter les coutumes de ses congénères, il se mit à leur raconter la mer.
Il faut cependant reconnaître qu’hormis quelques poussins personne ne l’écoutait. Il invoqua la noblesse des vastes oiseaux des mers, leur fit miroiter les récits antiques où pureté et virtuosité faisaient des soirs de tempête des moments de pure extase dans la lumière du couchant ; les hautes falaises pleines d’abris où nicher en toute quiétude, et même, pour porter le débat à un niveau qui puisse être entendu des nouveaux boueux, de la saveur des sardines et des crevettes arrachées à l’écume.
Bien peu l’entendirent.

Il parla de les conduire lui-même à la mer.
On lui rit au bec.

Il proposa de les porter un à un sur son dos jusqu’au rivage.
On ne voulut même pas en entendre parler. Pire, on commença de lui jeter des détritus, et l’un des colons les moins aptes à voler, l’un des plus obèses le pinça cruellement et fit couler son sang.

Il parla encore, rapporta de la mer des poissons fraîchement pêchés, ce qui n’émut qu’une vieille mouette déplumée qui se souvint de sa première saison sur une île battue par les vents il y a fort longtemps, car ces oiseaux ont avec les hommes le point commun de mesurer leur âge en décennies. Mais la colonie le traita de sorcier et de menteur et s’il ne périt pas ce jour-là c’est qu’il prit un essor que les autres ne purent suivre. Ils regagnèrent leur pays de remugles avec la satisfaction du devoir accompli.

A la consternation générale il était là le lendemain. Encore plus blanc. Encore plus décidé à leur parler de la mer, de sa lumière, et à les prier de renoncer aux remugles des détritus pour aller pêcher dans l’Infini.
Ils décidèrent alors de se débarrasser définitivement de l’Importun.
Feignant de l’écouter ils se ramassèrent en meute autour de l’Oiseau, le tuèrent et le dépecèrent sans pitié, allant jusqu’à absorber son sang pour ne plus laisser de trace. Cette fois on a gagné, on va enfin être tranquilles.
A peine une poignée de juvéniles qui avaient aimé l'écouter purent-ils récupérer qui une plume, qui un brin de duvet après l’horrible curée. Bouleversés, ils résolurent de fuir le groupe criminel à la première occasion.

Le lendemain, douze jeunes oiseaux blancs s’envolaient en hésitant dans la lumière de l’aurore tandis que les bulldozers s’avançaient vers le dépotoir où dormait encore, engourdie, le reste de la colonie .

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Autres roses du désert :

Psaume 91:3-4
Je dis à l'Eternel: Mon refuge et ma forteresse, Mon Dieu en qui je me confie!
Il te couvrira de ses plumes, Et tu trouveras un refuge sous ses ailes; Sa fidélité est un bouclier et une cuirasse.

dimanche 21 février 2010

Ce Dieu personnel et exigeant qui nous aime d'un amour fou.

Une terre aride, altérée, sans eau
J+M

Le carême est décidément, d’un point de vue spirituel, une époque bénie.
Jeûner peut dégager du temps, se priver d'un film libère environ 100 minutes pour autre chose. L'homme peut alors choisir de se dépouiller d’une partie de lui-même pour revêtir les richesses que Dieu lui propose. C’est le “secret” qu’exprime Marie dans le Magnificat. Pendant ces 40 jours, il prend une actualité sensible pour nous :


Il est donc avantageux d’être affamé, affamé de Dieu et de vérité, pour pouvoir être comblé puisque le mode d’emploi donné par Marie est clair : les riches sont renvoyés les mains vides et les pauvres sont comblés.
Donc, au désert où Dieu nous invite pendant le Carême, pas de riches, rien que des pauvres, des épris de Dieu, des cœurs qui le cherchent avec droiture et ne biaisent pas le pacte en exigeant que le dieu qu’ils veulent bien rencontrer soit semblable à ce qu'ils ont imaginé. Ce Dieu-là ne sera probablement qu’une idole faite de main d’homme, car notre Dieu est vraiment le Tout-Autre, celui qui ne peut être connu que s’Il lui plaît de se révéler.
Restons au désert, la Bible à la main (ou mieux encore dans le cœur, c’est là sa vraie place), car nous aurons beaucoup à découvrir en contemplant ce Dieu personnel et exigeant qui nous aime d'un amour fou.
Le livre de la Genèse nous a déjà permis de contempler la somptueuse beauté de l’acte créateur de Dieu tirant Adam de la terre, et lui insufflant sa vie par un baiser d’amour.
Cette relation d’amour est tellement ineffable qu’il serait folle présomption de l’imaginer si le texte antique ne nous y autorisait. Elle est d’ailleurs parfaitement inimaginable pour un cœur de riche, un cœur suffisant de certitudes sur l’origine de l’homme, son devenir comme espèce, son rôle (pas toujours glorieux) dans le parcours de cette minuscule sphère qu’est la Terre où nous habitons. Or le problème de nos cœurs gavés de certitudes, de préjugés et de science est qu’il nous est de plus en plus difficile d’accepter la simplicité de cette relation d’époux (Dieu) à épouse (âmes) qui est la noblesse de notre vocation et que le projet divin proposait dès l’origine. On sait aussi que c'est ce projet que le Christ est venu restaurer.
Nous -genre humain façonné par le Potier divin-, sommes donc appelés à devenir semblables à lui et à lui être unis par une vraie relation sponsale.
Et pourtant, entre la terre de l’origine et le souffle divin du but, nous choisissons presque toujours la première sans hésiter, un peu comme l’a exprimé un Michel Tournier en décrivant son Robinson irrésistiblement attiré par la boue au point d’y passer de longues heures dans une soue à la fois malodorante et fascinante.
L’avantage de revenir au désert, celui où Dieu nous envoie comme Osée envoya jadis son épouse pour parler à son cœur (Osée 2: 14) ; est que le repos et l’expérience d’un dénuement volontairement accepté nous permettent de retrouver notre Nord spirituel. L’âme qui décide de prendre un peu de recul pendant le Carême desserre ainsi les liens de ses occupations nécessaires mais tyranniques et retrouve d'autres priorités. Elle pourra alors accepter peu à peu d’être séduite par son Dieu et, sous la caresse des mains du potier divin qui lui insuffle son souffle elle pourra s’écrier :

Dieu, c'est toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau.


La réponse de Dieu, son Esprit donné comme un souffle dans notre chair, donnera à ceux qui le recevront la joie de pouvoir dire avec l’épouse du Cantique des Cantiques :

Qu’Il me baise des baisers de sa bouche !

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3º rose du désert

Cantique des Cantiques 1 : 2

Qu'il me baise des baisers de sa bouche ! Car ton amour vaut mieux que le vin

Psaume 63. 2

Dieu, c'est toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau.

Luc 1, 53


Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides.

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jeudi 18 février 2010

Le pacte

Cathédrale de Saragosse
La Création d'Adam (Détail)
J+M
Carême, 2º jour


Choisir d’être au désert avec Jésus qui y prend des forces, c’est se préparer avec Lui à entrer dans une mission à laquelle notre condition d’humains nous prédestine. Tout à la joie de la contemplation de l’Esprit de Dieu en train de nous créer, il nous faudra aller plus avant, et passer ainsi de la contemplation à l’adoration, car c’est cette démarche qui nous fait grandir et devenir l’homme que Dieu pétrit chaque jour par l’action délicate de ses mains, action que certains appellent providence.
On a eu l’occasion sur ce blog d’évoquer la notion d’hypostasie, et on ne s’est pas effarouché de ce mot peu courant mais bien utile pour exprimer la juxtaposition de deux natures, celle de Dieu et celle de l’homme. Il concerne la double nature de Jésus Christ, vrai Dieu et vrai Homme.
Or ce remarquable privilège n’est-il pas déjà préfiguré dans la création d’Adam ?
En effet dans le baiser que reçoit la terre et qui anime l’homme -au sens strict, en lui donnant une âme- la nature divine et la nature humaine sont intimement liées dans un élan d’amour.
La reconnaissance filiale que devrait donc éprouver tout être humain au souvenir de sa création a été gravement blessée par le péché originel, on le sait. Et pourtant nous sommes toujours bel et bien appelés à devenir porteurs de Dieu, unis à Dieu, et la vie éternelle que nous attendons n’est rien d’autre qu’une restauration de cet élan hypostasique.
Bonne nouvelle : l’image et la ressemblance que Dieu a désiré inscrire en chaque être humain deviennent effectives dans le Christ qui les porte parfaitement et nous les restitue. En quelque sorte, le Christ est ce baiser d’amour de Dieu pour chaque homme qui nous rend notre liberté et notre vocation à être porteurs de cette double nature.
Au désert Christ se prépare à cette immense restauration car c’est en Lui que chaque homme renaît. Lui qui est l’amour de Dieu, il se fait le baiser créateur de Dieu pour chacun de nous. Et nous, sans lui nous ne serions qu’une terre rendue inanimée par le péché, le refus ou la simple ignorance.
Enfin si en toute rigueur la création eut lieu au Jardin, c’est souvent au désert que nous trouvons Dieu pour être par lui recréés.

Il y a toutes sortes de déserts et notre monde ne semble pas se lasser d’en produire de nouveaux, comme ces déserts urbains où les sourires sont si rares et les contraintes si fortes, ces déserts des campagnes déshumanisées et donc dédivinisées où les portes des églises sont fermées et les gens ne se connaissent plus, voire même ces désert des foyers où s’entassent des biens de consommation et se raréfient les signes de piété et d’amour.
Par chance, tout désert est propice au face à face avec ce Dieu qui nous aime d’un tel amour.
Moïse y a jadis rencontré un buisson ardent qui disait Dieu, définissant très nettement le pacte hypostasique : de même que le feu, -divin-, ne consume pas le buisson -terrestre- l’arrivée et l’installation de Dieu dans nos cœurs loin de les consumer leur restitue leur vraie dimension.
Cette règle est valable pour toute l’humanité : c’est dans nos déserts personnels, intimes, ces lieux où nous nous dépouillons de nos certitudes et de nos pauvres boussoles folles qui n’indiquent jamais le bon Nord, ces lieux de solitude et d’errance mais aussi de disponibilité que nous avons le plus de chance de trouver Dieu.

2º rose du désert :

je veux l'attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son cœur.

mercredi 17 février 2010

Les roses du désert

roses du désert
J+M


Ces quarante jours qui s’annoncent vers Pâques, je les imagine débordants de lumière, comme une fête, une joyeuse purification. Comme on court vers un rendez-vous longtemps différé, en savourant le plaisir de l’attente et la petite inquiétude n’être pas “à la hauteur”.
Ainsi, une fois entré par le Carême dans le désert où Jésus s’est jadis fortifié, ces 40 jours font l’effet d’une caravane chargée de richesses diverses : gemmes, bijoux, tapis dont la grande valeur symbolique éclate au grand jour sous le soleil du désert.
La première gemme est celle de la cendre, du rituel pulvis erit qui n’a rien de terrifiant, car aujourd’hui étincelle la Cendre du mercredi, état nouveau des rameaux anciens qui ont été brûlés.
Elle nous rappelle que nous somme terre, et que nous retournerons à la terre. Or s’il y a un moment de la Bible doux à méditer c’est bien celui de la création de l’homme à partir de cette terre. Dieu s'y manifeste comme le divin Potier, celui qui façonne Adam à son image. La boue tache ses mains, tandis que la glaise pétrie avec patience prend forme humaine sous ses paumes. Il y a une beauté surnaturelle dans ce tableau de l’esprit de Dieu en train de créer l’homme. Tous les hommes, car en Dieu rien n’étant limité, ce qu’il fit au premier s’applique à chacun de nous. Nous pouvons ainsi nous approprier l’exultation de l’appel initial : nous avons tous été choisis et convoqués à l’existence par les mains de Celui qui se présentera plus tard dans ce même désert en disant à Moïse : “Je Suis”.
Ensuite nous dira l’antique récit des origines, Dieu donne son souffle à ce bel objet non encore animé. Il le fait dans un baiser qui scellera une alliance indéfectible. Alors se produit un instant enchanté et le souffle de Dieu divinise sa sculpture. C’est le moment où l’homme devient théomorphe ; l’instant précis où Dieu, reconnaissant en cet homme (toi, moi, nous tous) sa ressemblance, peut enfin l’aimer d’un amour préparé de toute éternité.


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1º roses du désert :

L'Eternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. Genèse 2 ; 7

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ! En lui Dieu nous a élus avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints et irrépréhensibles devant lui Ephésiens 1 : 3-4

mardi 16 février 2010

Où il est question de brebis et de taureaux

Jacques Raymond BRASCASSAT
Taureau et autres animaux dans une prairie
Huile sur toile. Nantes ; musée des beaux-arts
Soliloque avec espoir de réponse



Viens, Berger de mon âme déguisée, toi qui l’as reconnue
Sous l’accoutrement du mensonge et du déni.
Tu as vu le fond d’un cœur absorbé par ta beauté, un cœur qui tout en te cherchant te défie.
Viens, déchire ces enveloppes sordides et retrouve ce qui est à toi.

Elle a voulu avec opiniâtreté
Brouter dans les pâtures de tes ennemis,
Boire à toutes les sources, sauf à la tienne,
Rêver d’envols, de sceptres, d’ouvrages obscurs, érudits ou simplement divertissants.
Et toi, Tu l’as achetée et rachetée cent fois
Et cent fois elle t’a tourné le dos, préférant autre chose.

Viens, très saint. C’est de toi seul que vient le repos.
Les fatigues de ne pas être à toi ne sont rien à côté de l’épuisement
de courir pour échapper à ta grâce.

Comme les planètes reçoivent du soleil
Leur force et leur lueur
Ainsi je veux recevoir de toi, mon créateur
La force qui sorte de l’engourdissement
Une âme figée dans la stupeur.

Sans Toi nous ne pouvons rien faire,
Rien, absolument.
Rien de bon en tous cas,
Rien de ce qu’espère l’âme captive de tous ses oripeaux de convoitise.
Viens, très saint, je ne te refuse plus
Je veux parcourir un à un, porté par toi
les pas qui conduisent à l’autel.

Là je veux solennellement brûler
Dans un parfum de prière, une nuée d’encens
Les taureaux : l’illusion d´être autosuffisant
Si éloignée des douces motions de ton amour.

samedi 30 janvier 2010

Eperdus et bénis

Louez et bénissez mon Seigneur, rendez-lui grâce et servez-le en toute humilité !
J+M


Quand j’étais enfant, je me souviens que nous accordions une certaine importance au fait d’avoir de l’eau bénite. Les gens pieux la tenaient dans de jolis bénitiers dans leur chambre. On aimait aussi que les médailles soient bénies, les cierges de la Chandeleur que l’on rapportait à la maison devaient l’être aussi tout comme les rameaux que l’on coupait pour la cérémonie printanière qui précédait Pâques. Toutes ces bénédictions étaient entourées d’un certain halo de mystère et de révérence sans que l’on sache très bien ce que cela représente, et c’est bien normal : nous étions encore à cet âge où l’on accepte le sacré sans questions et comme une sorte d’évidence, ce qui est peut être le fruit de la grâce baptismale non encore délitée.
Une chose était claire : le privilège de la bénédiction était réservé aux prêtres, même s’ils l’accomplissaient volontiers pour les autres. Ainsi, je me souviens des génuflexions de la fin de la messe, marquant le moment solennel de la bénédiction finale reçue dévotement, comme du Ciel lui-même. Peut-être dans notre incompréhension d’enfant étions nous comme ces prélats que Boileau décrit joyeusement dans Le Lutrin (chant V) :

Cette foi a évolué bien sûr. Paradoxalement, malgré cette exposition précoce au trésor ancien des bénédictions "catholiques "(si j’ose dire, car évidemment une bénédiction n’est pas assujettie à une dénomination chrétienne) c’est au contact de nos frères évangéliques que j’ai redécouvert l’importance de la bénédiction que tout chrétien peut – et devrait - donner lui-même, en sa qualité de membre du peuple choisi, prêtre, prophète et roi. (1 Pierre 2 :9)
Les évangéliques la proclament sans honte et sans mesure, mus par ce zèle qui nous étonne toujours nous qui avons toujours si peur d’apparaître comme des exaltés.
Cette bénédiction, extrêmement précieuse et salutaire, qui s’incorpore à la Bénédiction par excellence, celle de Dieu qui nous a accordé son Fils comme remède s’exerce dans trois directions.
En premier lieu, nous avons le privilège et aussi le devoir le bénir Dieu, Celui que les hébreux, nos ancêtres dans la foi appelaient avec une extraordinaire révérence le Saint béni soit-il.
Bénir Celui qui est la source de toute bénédictions ? Oui, et s’insérer ainsi dans la dynamique de grâce et de dons réciproques qu’Il a voulue et qui préside à la Création !
De ce fait, les Psaumes, le Nouveau Testament et les textes innombrables des saints sont émaillés d’exemples de cette invitation universelle à bénir le Seigneur. Ainsi le court Psaume 134 nous révèle un secret :
Bénissez le Seigneur
Vous tous serviteurs du Seigneur
Qui demeurez dans la maison de Dieu
Durant les heures de la nuit.
Bénir le Seigneur, c’est donc demeurer dans la maison de Dieu, c’est y établir son droit de résidence, c’est être porteur du Royaume sur la terre.

Certes, bénir Dieu n’ajoutera rien à sa gloire, mais nous aidera, les yeux et le cœur fixés sur Lui, à nous ajuster à Lui, à devenir à semblables Lui qui est le Don Parfait. Ce n’est ni un exercice rhétorique, ni une formule magique, mais l’expression de la reconnaissance et de l’amour d’un enfant vers son Père céleste dont il a tout reçu.

En deuxième lieu, l’Ecriture nous presse avec instance de bénir la Création. Nous sommes par la vertu du baptême qui nous a incorporés au Corps du Christ les ministres (c’est à dire les serviteurs, les délégués) témoins de Son alliance avec l’Humanité.
Alliance inégale, où le Tout s’allie au rien, le Parfait à l’imparfait, l’Infini au borné, mesuré, limité que nous sommes. Cette alliance, inimaginable dans le sens de l’homme vers Dieu ne pouvait que venir de Lui. Or elle est scellée depuis Abraham, figurée par le sang des animaux offerts en holocauste. Elle sera accomplie parfaitement depuis que le Christ a été immolé pour notre relèvement.
Libérée du péché, la Création aspire à la bénédiction. Ce geste de bénir terre et vents, semailles et moissons, eaux et feu comme le faisait St François est une action de grâces de grande valeur que tous et toutes pouvons faire même sans grand effort et sans préparation théologique.
Il suffit d’entrer dans la louange et la solidarité avec Dieu et avec nos frères, et appeler Sa grâce sur les efforts de tous les travailleurs, de tous les paysages. Les terrains sculptés par les paysans, les forestiers, les constructeurs deviennent ou sont affermis comme éléments de la liturgie cosmique qui se célèbre pour la Gloire de Dieu. Et si Dieu entend nos bénédictions et y répond par la Sienne, l’espace gagné au mal est appelé à rétrécir … pour notre plus grand bien.
Certes, ce n’est pas ainsi que nous en viendront à bout, mais Dieu se plait à ajouter Sa force à notre faiblesse, et si nous bénissions au lieu de médire et de maudire, de grandes choses se passeront dans nos cercles de vie et notre entourage.
Bénissons, Dieu fera le reste. Une simple prière mentale peut suffire à désarmer un conflit, à faire grandir l’autre dans l’estime de soi et l’acceptation de l’autre. Prier pour que Dieu bénisse une moisson peut, j’en suis intiment convaincu, conduire les hommes et les femmes qui en mangeront le fruit à l’action de grâce et la louange. Ces gestes de prières, ces avant goûts d’éternité que nous posons, de quel poids pèsent-ils dans l’économie du Salut si Dieu lui-même se met dans la balance ?
Enfin bénir le créé c’est aussi affirmer la paternité bienveillante de Dieu dans toute chose, loin de toute démarche de possession et d’appropriation. Cela revient pourtant aussi à s’associer à l’œuvre créatrice, car nous nous mettons par l’adoration et la louange, inséparables de la bénédiction, dans les dispositions intimes qui permettent entendre le Père nous dire :
... Mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi... Luc 15:31


Nous nous appliquerions à bénir nos enfants et nos proches avec attention comme le fit Isaac pour son fils Jacob si nous connaissions l’inestimable valeur de cet acte. Rebecca, qui le connaissait, n'hésita pas a recourir à la tromperie que l'on sait (Genèse 27:10)afin de l'obtenir pour son préféré, mais depuis la venue du Christ nous savons que nous sommes tous, à un titre ou à un autre les préférés de Dieu. Or la paternité (ou maternité, peu importe) est certainement reçue de Dieu, qui en est la source. Nous sommes tous, comme dit le début de l’évangile de Luc « fils d’Adam, fils de Dieu » Luc 3:38. Bénissions nos proches au nom de Dieu, en particulier s'ils ont besoin d'énergie spirituelle pour avancer.

Dernier point, et non le moindre ! et sans doute le plus difficile : c’est celui que demande avec force l’évangile, (la voix de Dieu écrite sur les parchemins des hommes). Nous avons à bénir nos ennemis et nos adversaires.

... bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent. ... bénissez ceux qui vous maudissent ; priez pour ceux qui vous font du tort. Luc 6:28...
Lorsque je bénis celui qui me heurte ou me blesse ou me persécute, j’invite Toute la puissance de Dieu, tout son amour et toute sa force dans ce conflit. Ce n’est plus mon combat, mais son combat.
Deux conséquences immédiates : je gagne la paix de savoir que Celui qui peut tout s’en occupe. Deuxième conséquence je m’ajuste à – je me mets à ressembler à..., je deviens juste comme- celui qui, innocent, a porté le poids de ma propre iniquité sur le chemin du Calvaire et l’a effacée.

Bénir c’est donc exercer un droit de fils Dieu, un ministère que tous partagent, un bienfait dont la Terre a besoin. Bénissons pour exulter de joie comme Saint François, et le monde s’en trouvera grandi et embelli et nous serons encore plus fils de ce Dieu qui accorde à cette terre grâces et bénédictions sans compter.

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Les armes du combat :

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, qui nous a bénis de toutes sortes de bénédictions spirituelles dans les lieux célestes en Christ !

... nous nous fatiguons à travailler de nos propres mains ; injuriés, nous bénissons ; persécutés, nous supportons ...

... Bénissez ceux qui vous persécutent, bénissez et ne maudissez pas.

... bénissez ceux qui vous maudissent, priez pour ceux qui vous maltraitent. ...

... Ne rendez point mal pour mal, ou injure pour injure ; bénissez, au contraire, car c'est à cela que vous avez été appelés, afin d'hériter la bénédiction. ...


... Lorsque tu mangeras et te rassasieras, tu béniras l'Eternel, ton Dieu, pour le bon pays qu'il t'a donné. ...

dimanche 17 janvier 2010

L'Eternel n'était pas dans le tremblement de terre.

cathédrale d'Haïti
J+M



Après le terrible choc de la semaine passée, les angoisses et les interrogations, les pourquoi? de toute espèce qui fusent au cœur, voici, peu à peu, et très lentement, le temps de quelques réponses de Dieu qui, comme toujours, parle à l’intime et sans fracas. Comme Élie sur le Carmel, nous savons que Dieu n’est pas dans le tremblement de Terre, mais bien dans le “murmure doux et légerle bruit d’un léger silence”. (I Rois 19 12)
Ce silence est nécessaire pour pouvoir regarder dans la foi ce qui s’est passé dans l’île martyre et y discerner malgré nos épaisseurs les signes subtils de la réponse de notre Dieu à la violence des éléments.
La première interrogation c’est l’antique question prophétique, reflet d’une angoisse congénitale devant la destinée, le triomphe du Mal ou la souffrance des petits : le bras de Dieu est-il devenu trop court?

Clairement, la réponse est non. Nous ne savons ni les tenants ni les aboutissants de ce drame, mais nous avons les éléments qu’il faut pour le regarder dans la foi , certains que Dieu ne permet le mal et la souffrance qu’à la condition expresse de pouvoir en retirer un bien supérieur. (Rom 8 : 28)

Ce bien supérieur existe heureusement dans l’ océan de souffrance dans lequel est plongé le peuple haïtien, on y trouvera dans la foi des éléments qui permettent de glorifier le Seigneur.

Ainsi la dignité et la solidarité du peuple haïtien. Meurtri, ce peuple se reconstruit, pleure ses morts et avance pour sa survie. On a signalé des actes de banditisme, et on les a stigmatisés depuis nos salons européens, sans chercher à savoir quelle en est l’origine ni au nom de quoi on s’érigerait en juges du malheur d’autrui. Il y a du banditisme partout, il est toujours marginal. Devant ce grand fleuve qui charrie de la boue et de l’or, comme le poète, préférons regarder l’or qui représente le dynamisme et la solidarité des habitants de l’île.
En gardant humblement à l’esprit que dans des circonstances moins difficiles, beaucoup d’entre nous seraient peut-être prêts à s’entretuer pour moins encore qu’un peu de pain et d’eau pour leurs enfants.

Les catholiques ont été frappés de voir que l’archevêque est mort avec les 50 ou 100 000 mille haïtiens qui se sont retrouvés soudain devant le tribunal du Christ. D’un point de vue spirituel, on devine que le pasteur est allé avec son troupeau au-delà de la vallée de l’ombre vers la Bergerie éternelle du cœur de Dieu. Ils ont payé de leur sang le droit à l’attention internationale sur leur pays qui leur était le plus souvent refusée par nous.
L’immense solidarité internationale qui se déploie à présent est un défi, dans le village virtuel dans lequel nous habitons, pour chacun d’entre nous. La souffrance de nos frères ne concerne pas seulement les États et la Croix Rouge, mais qu’elle nous invite tous à une réponse, et une réponse généreuse. Jésus a loué l’obole de veuve qui apportait au Temple l’offrande de son nécessaire, il nous appartient d’agir de même, et d’apporter généreusement à la reconstruction de Son Corps en Haïti (infiniment plus précieux que tous les Temples) le fruit de nos efforts et de notre solidarité.

Nous retrouverons ces martyrs des forces telluriques le jour du jugement dernier, et Jésus aura leur visage pour nous dire : j’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire.

Je suis sûr que Dieu a permis cette souffrance pour révéler au monde qu’il est aux côtés de chaque enfant haïtien qui cherche ses parents, de chaque parent haïtien qui cherche ses enfants comme jadis Rachel "Rachel qui pleure ses enfants et ne veut pas qu'on la console" (Mt 2, 18).

Car aussi profondément que l’homme souffre, il a toujours été précédé par un Dieu qui s’est fait aimant et vulnérable. Aujourd’hui il nous revient de consoler Dieu en Haïti, essayons de ne pas rater ce rendez-vous.



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Les armes du Combat :

1 Rois : 19 11-13

Et voici, l'Eternel passa. Et devant l'Eternel, il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers : l'Eternel n'était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre: l'Eternel n'était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu : l'Eternel n'était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger. Quand Elie l'entendit, il s'enveloppa le visage de son manteau, il sortit et se tint à l'entrée de la caverne.

Mt 25 : 35
Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire, j'étais un étranger et vous m'avez accueilli.

Luc 21 : 4
En vérité, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis plus que tout le monde. Car tous ceux-là ont pris sur leur superflu pour faire leur offrande, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a donné tout ce qu’elle avait pour vivre.

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Solidaires avec l’AED (Aide à l’Église en Détresse)