«Qui prie, se sauve certainement; qui ne prie pas se damne certainement» Saint Alphonse-Marie de Liguori
mardi 23 mars 2010
samedi 20 mars 2010
Pour qu'il siège parmi les princes
J+MDe la poussière il relève le faible,
il retire le pauvre de la cendre
pour qu'il siège parmi les princes (Ps 112 : 7)
Le carême est cette
période privilégiée où nous pouvons, par la médiation, la prière, l’aumône,
secouer la poussière qui nous colle à l’âme avec l’aide de Dieu. Nous y sommes
tombés tous solidairement avec Adam, qui était argile animée par le Souffle de
Dieu, et par sa chute a vu le pourcentage de poussière de son être croître dans
des proportions alarmantes. Mais aussitôt que l’homme tomba, Dieu lui fit la
promesse de son relèvement.
Le psaume 112 célèbre cette promesse
et donne des détails passionnants, à lire sur plusieurs niveaux, polyphonie
harmonieuse et paisible où s’entendent les voix de la terre, du Ciel, et du
dessein de Dieu.
Le premier sens est littéral : l’homme
est le faible par excellence, celui qui, mû par la force de la gravité, est
toujours est attiré par le bas, la poussière, la terre d’où il fut tiré. Dieu,
inlassablement, l’aime, ce qui lui permet, s’il en a le souhait, de se relever.
A nouveau debout il peut retrouver la position de prière, les bras tendus vers
le Ciel qui sera, il le sait malgré ses débilités, sa patrie pour toujours.
C’est là qu’il siègera parmi les princes, les « premiers » au sens strict,
c’est à dire les anges, créés avant l’homme, et surtout avec le Prince de paix,
le Roi des Rois, Jésus Christ Notre Seigneur.
Dans une perspective mystique on
trouvera encore bien des beautés - sources d’émerveillement -dans ces versets.
En ces jours de mars, on se souvient
de Joseph, charpentier de Nazareth, que l’Evangile mentionne comme un
descendant de David en Mat 1 : 16 : Jacob engendra Joseph,
l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ.
Joseph et Marie, de la lignée de
David, le roi-prophète étaient des princes. Leur compagnie est quotidienne pour
le croyant par la prière et la contemplation. Marie nous donne accès à Jésus
autant de fois que nous le lui demandons, elle nous Le donne en nous disant
comme à Cana « Faites tout ce qu’Il vous dira » (Jean 2, 5).
Ainsi, sans mystères ni miracles tonitruants, nous nous retrouvons dans le
Royaume dès cette vie, siégeant au milieu des princes, redevenus princes nous-mêmes
après avoir retrouvé notre noblesse, nous qui sommes fils de Dieu et non pas du
Néant, de l’évolution absurde et aveugle ou du hasard.
On trouvera encore dans la voix
liturgique des résonances de ces versets : de la poussière de son péché, triste
flamme bien vite éteinte qui ne laisse que cendre et mort, l’homme est relevé
par la main bienveillante de Dieu et sa propre volonté qui sait que Dieu n’est
que pardon, pour être placé dans la compagnie des princes. Ce miracle
intervient pour le chrétien autant de fois qu’il assiste à l’eucharistie. C'est
le lieu où sa condition finie devient infinie en Dieu qui l’admet à son
sacrifice en présence de la Cour céleste. Tout entière émerveillée, elle
assiste à ce don capable de redire au Père dans les mêmes termes
l’offrande totale du Fils à la Croix.
Libellés :
Eucharistie,
Jean 2 :5,
Joseph,
Marie,
Ps 112 :7
jeudi 18 mars 2010
samedi 13 mars 2010
Cette huile fait de nous des princes

J+M
Le fait est là, humble et inexplicable. La presse le rapporte abondamment : d’une icône
représentant la Vierge Marie suinte de l’huile à Garges-lès Gonesse en région
parisienne. Les commentaires des lecteurs visibles sur les éditions en ligne
des journaux expriment dans leur grande majorité incrédulité et sarcasme, ils
constituent une manifestation épidémique plus qu’épidermique, un prétexte à l’expression
de la sévère christianophobie de cette époque.
Ce qui est frappant dans ce concert
c’est l’incompréhension. L’idée même qu’une icône puisse représenter- et encore
plus émettre- quoi que ce soit indigne ces contempteurs, qui saisissent
l’occasion pour manifester avec une mâle assurance leurs certitudes
inexpugnables. Quand celle-ci fait défaut, c’est l’insulte, la comparaison
scatologique, la provocation gratuite. Encore une occasion de perdue pour eux
de se remettre en cause et de faire preuve de cet esprit critique qu’ils
recommandent furieusement aux autres.
Pourtant, il y a beaucoup à apprendre
de cette petite icône de papier collée sur du bois, pour peu que l’on soit
capable une certaine curiosité et non pas agité de convictions antichrétiennes
pavloviennes.
Avant tout, il est bon de garder à
l’esprit ce que représente l’icône. Hergé par la voix de son capitaine Haddock,
au verbe haut a jadis remis en selle le mot iconoclaste et c’est heureux car ce
terme bariolé est riche d’enseignements.
Les iconoclastes
s’opposaient pour des raisons scripturaires à la représentation du Christ et
des saints. Ils furent déboutés lors du second concile de Nicée en l’an 787 au
motif que si le Christ s’est incarné, il est possible de représenter
physiquement le Fils de Dieu, et de peindre les saints. Les ennemis des icônes
n’ont malgré tout jamais cessé leurs offensives contre ces images vénérées en
leur qualité de fenêtres ouvertes sur l’Invisible. Le culte qui est rendu ne
s’adresse pas à elles (ce ne sont pas des idoles) mais à la Personne céleste
qu’elles représentent. Leur fonction est essentiellement liturgique.
A ce titre, de pieuses traditions
rapportent de tout temps que des icônes ont servi à la transmission de messages
aux fidèles.
Ces messages sont essentiellement
d’ordre symbolique, car s’ils peuvent avoir une vocation locale leur portée est
universelle.
Les larmes, les parfums, les baumes,
et même le sang comme à Syracuse où une image de la Vierge pleure régulièrement
sont des symboles universels dont la compréhension est immédiate. On pourrait
écrire des volumes entiers sur ces manifestations, mais est-ce bien nécessaire
? Le peuple de Dieu ne s’y trompe pas, comme le montre sa réponse fervente.
Seul les ignorants et les audacieux se contentent de nier sans examen, pétris
de certitudes et mus par le même esprit de dérision qui accable les miracles de
Lourdes par exemple d’un mépris souverain.
Mais personnellement cette huile qui
suinte dans une famille chrétienne de la banlieue parisienne me réjouit, et j’y
vois dans les vacarmes assourdissant des catastrophes et des crises dont
l’actualité est si friande une des rares bonnes nouvelles qui mérite d’être
rapportée et commentée, un peu comme une fleur délicate qui aurait poussé entre
les pavés gris dont notre quotidien (et l’enfer peut être au bout du compte)
sont pavés.
C’est pourquoi, dans le but annoncé de
ce blog qui est de prier, de respirer et de vivre, je ne me priverai pas du
bonheur de respirer cet effluve peut-être venu du ciel, d’en rechercher le sens
et les vertus, et d’inviter mes lecteurs à un pèlerinage du côté de l’Eden,
lieu de la rencontre avec Dieu qui est si près, si proche que le voile qui nous
en sépare devint de plus en plus ténu.
Une promenade rapide dans le jardin
biblique nous montre diverses valeurs attribuées à l’huile, toutes bonnes à
prendre. Je n’en retiendrai que douze, car ce chiffre est lui aussi symbolique,
et je crois fermement que l’huile est plus que jamais nécessaire à cette époque
marquée par l’ivresse de la déconstruction mais surtout meurtrie et laissée au
bord de la route par toutes sortes de vendeurs d’idéologies plutôt frelatées.
Ne sommes-nous pas grâce à tous ces
libérateurs des avatars de cet homme dépouillé par les bandits qui descendait
de Jérusalem à Jéricho, et qui avait pour guérir besoin de l’huile et du vin
que seul le Bon Samaritain – Le Christ lui-même, bien sûr- pouvait appliquer
sur ses plaies.
Car qu’est-ce que l’huile, si ce n’est
l’élément essentiel pour la confection du baume ?
Le Baume le plus précieux est celui du
Salut qui a été versé par le Sauveur au Jardin des Oliviers. La simple mention
des Oliviers renvoie à la valeur symbolique de cet arbre dont s’écoule cette
huile de joie destinée à rayonner sur le front des rachetés du Seigneur, comme
l’annonce le Psaume 23. Toute la Bible converge vers cette Bonne et Unique
Nouvelle : Dieu nous crée et nous sauve en permanence. Qu’elle soit préfigurée
dans l’Ancien Testament ou accomplie dans le Nouveau, cette nouvelle en informe
chacune des pages.
Et ce baume est annoncé dès les
origines, figuré de façon très spéciale par la Vie Fraternelle qui indique la
paix et l’harmonie du paradis.
Oh! qu'il est agréable, qu'il est doux
pour des frères de demeurer ensemble!
C'est comme l'huile précieuse qui,
répandue sur la tête,
Descend sur la barbe, sur la barbe
d'Aaron,
Qui descend sur le bord de ses
vêtements.
Le Psaume 133 (Cantique des montées)
donne une image exubérante et conviviale de cette joie en l’associant à l’huile
qui dégouline sur la barbe d’Aaron, le frère de Moïse qui accompagna l’exode
des hébreux. A ce titre elle est sacerdotale et signe de cohésion. Cette
onction unit dans la joie une communauté autour de son prêtre pendant un long
voyage initiatique comparable à la vie même, quelle belle image de l’Eglise
préfigurée dans cette famille réunie pour un pèlerinage sous l’autorité d’un
chef qui conduit dans la joie les exilés vers leur patrie future ! Le besoin de
ce baume se fait chaque jour sentir de façon plus poignante. Une goutte
symbolique surgit dans une famille chrétienne près de Paris ? Merci Marie !
C’est précisément ce dont nous avions besoin ! Le résultat, rapporté par une
presse hostile mais médusée est que des chrétiens de toute confession accourent
ensemble à Garges-lès Gonesse, sans parler de ceux qui ne croient pas et de
ceux qui n’ont pas de religion. Tous repartent émerveillés. Cette huile est
pour eux, et donc aussi pour nous, signe du Royaume.
Royaume qui s’instaure aussitôt que le
Culte de louange et de reconnaissance est établi dans le sanctuaire des cœurs.
On en voit l’image dans les nombreuses mentions de l’huile cultuelle rapportées
par la Bible. Ainsi....
"le chandelier d'or pur, …. les
lampes préparées, tous ses ustensiles, et l'huile pour le chandelier" (Exode
39-37)
Dans les livres de l’Exode et du
Lévitique une double valence est accordée à l’huile : culte et bénédiction.
Le Culte à rendre à Dieu est
représenté par les chandeliers d’or qui seront garnis d’huile consacrée. Cette
prescription engage de son côté Dieu qui la rétribue en bénédictions pour son
peuple. Cette huile qui sert à éclairer le sanctuaire apparaît comme la
diffraction de la sainte présence de Dieu, la Sherina, ce qui
l’ennoblit et la divinise. Or c’est exactement ce à quoi nous sommes nous-même
appelés. Nous sommes, par l’effet du Salut accordé par le Sauveur, devenus
nous-mêmes Temples, (1Co 6 :19) et cette huile est le Saint-Esprit lui-même
qui nous arrache à notre condition de pécheurs et nous divinise. C’est Lui en
effet qui nous fait passer des ténèbres du péché à son admirable Lumière.
La Lampe des vierges sages
On retrouve encore de l’huile dans la
parabole bien connue des vierges folles vs les vierges sages. On sait que les
vierges sages ont veillé pour attendre l’Epoux, le Bien Aimé, celui qui doit,
in fine, épouser splendidement et pour l’éternité nos âmes. C’est l’huile
qu’elles ont accumulée dans leur lampe qui les distingue des étourdies, vierges
follettes qui n’ont pas su trouver ce précieux combustible dans lequel on a vu
le signe des vertus, du baptême, ou encore des œuvres de foi. Personnellement
je préfère, suivant en cela la spiritualité de nos frères orthodoxes, y voir
une représentation de l’effusion du Saint-Esprit. S’il est nécessaire pour le
salut que le doux hôte de nos âmes –souvenons-nous que la liturgie appelle «
onction céleste le Saint-Esprit » - remplisse lui-même notre lampe, on comprend
mieux l’urgence de la manifestation de Marie, qui symboliquement implore pour
nous cette chrismation.
Et bien sûr la contemplation du
mystère du mariage mystique des âmes avec leur Dieu convoque aussitôt dans le
cœur du croyant le texte sponsal par antonomase, celui du Cantique, qui s’ouvre
sur une déclaration sans équivoque : « Ton nom, une huile parfumée qui
se répand (Ct, 1 : 3) ».
Oui, notre secours est dans le nom du
Seigneur, ce Nom au-dessus de tout Nom, que nous avons plus que jamais, en
cette époque guettée par la déchristianisation, besoin de proclamer, d’invoquer
et de chérir.
L’huile, comme c’est le cas à
Garges-lès-Gonesse provoque parfois d’extraordinaires surprises. Comme Saul,
parti chercher ses ânesses qui s’étaient échappées reçut l’onction du prophète
pour … régner sur Israël, combien partent vaquer à des soucis pas toujours
essentiels avant de recevoir de Dieu un signe merveilleux et inattendu qui les
instaure ou les restaure dans leur dimension de fils, de prêtres, de prophètes
et de … rois ?
Samuel prit une fiole d'huile, qu'il
répandit sur la tête de Saül. Il lui donna un baiser, et dit : l'Eternel ne t'a-t-il pas oint pour que tu sois le
chef de son héritage ?
Car il y a une dimension sacrée et
royale dans l’onction chrismale, et même si c’est de confuse façon, tout cœur y
aspire. La nostalgie du Royaume est en effet profondément inscrite dans nos
gènes spirituels. Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et capable de
Dieu, il arrive à l’homme de se souvenir de cette lignée et de dire, comme
l’enfant prodigue, « oui, je me lèverai, et j’irai vers mon Père »
Depuis Sarepta, on sait que cette huile est inépuisable, aussi
inépuisable que nos besoins. (1Rois 17, 8-15)
Elie a trouvé aux confins de Tyr et de
Sidon une veuve assez généreuse malgré son dénuement pour partager avec lui ce
qu’il lui restait de provisions (de l'huile et de la farine) avant de mourir de
faim.
Cette veuve, claire image d’une
humanité dépouillée de ses richesses par la convoitise et le manque de
solidarité, s’apprête à mourir quand survient l’homme de Dieu. De cette
rencontre, de la foi qui jaillit naît la vie, et la vie en abondance : non
seulement elle ne mourut pas, mais elle put manger avec son fils et le prophète
pendant un an du contenu de ses cruches devenues cornes d’abondance. Quel
programme pour une époque où, dépouillés de notre dignité d’enfants de Dieu,
roués de coups et meurtris par tant de pseudo-libérateurs ou, pire encore, par
un relativisme desséchant, nous sommes prêts à mourir de froid et de tristesse
loin de notre héritage !
L’huile devenue abondante sauve
clairement cette habitante de Sarepta. Son fils qui retrouve la vie marque la
pérennité de la bénédiction reçue.
Aujourd’hui, cette même huile sourd
d’une icône de la Vierge Marie, elle a pour vocation de nous arracher à la mort
spirituelle clamée, martelée haineusement par les voix des prétendues
"lumières" mais en aucun cas inéluctable. La faim, la soif, la
solitude - terribles miroirs que nous tend l’ennemi pour nous arracher à la
paix de l’âme et à la prière - sont définitivement anéanties par la rencontre
avec l’Eglise (le saint homme de Dieu) et avec la foi dans une démarche de
partage et d’abandon.
Il reste encore une huile suprême à
évoquer dans ce très rapide inventaire, simple effleurement de la richesse
biblique, c’est celle qui fait du Seigneur Jésus le Christ, l’Oint du Très
haut. L’onction reçue par Saul, puis par David et tant d’autres princes n’est
qu’une préfiguration de celle, définitive, que reçut l’Envoyé de Dieu en
accomplissement de la promesse de relever l’humanité captive du péché. Le mot
Christ, devenu si commun, si dévirtualisé à force d’être prononcé pas toujours
avec respect, ne signifie pas autre chose. Le Christ est l’Oint, celui qui a
reçu l’Onction définitive, celle qui sera communiquée à ceux qui croiront en
Lui. Car l’Huile par nature se répand, se donne, s’écoule, elle n’a pas
vocation à être stockée ni arrêtée dans sa course. Il en va ainsi de tous les
privilèges que nous regardons parfois avec suspicion, en dignes héritiers d’un
Adam devenu méfiant et calculateur à l’instigation du serpent dans le Jardin du
Paradis.
Non, Dieu ne s’est pas réservé
l’exclusivité du Bien et du Beau. L’acte même de la Création est une volonté de
se donner et de rencontrer la créature sur son terrain, par l’amour, afin de la
combler.
Non, Dieu ne se réserve pas le meilleur
pour priver ses enfants de la connaissance ou de la liberté. Il a créé et mis
dans nos cœurs ce à quoi nous aspirons. La Croix est la réponse définitive d’un
Dieu attentif, qui se donne Lui Même en complète solidarité avec les plus
faibles, les plus malades, les plus méprisés et avilis. Venu marcher sur notre
terre, il a pris la place la plus humble, la plus méprisée, la plus rebutante.
Qui irait de gaieté de cœur naître dans une étable un soir d’hiver au milieu
des excréments d’animaux ? Qui accepterait de se laisser percer les mains et
les pieds et de mourir sous la torture pour racheter au prix de toutes ses
larmes et de tout son sang l’humanité enchaînée par l’ennemi de nos âmes ? Et
ceci que pour ne parler que de son arrivée et de son départ !
Jésus le Christ, l’Oint du Seigneur
s’est fait salut en acceptant d'être broyé, trituré même sur le moulin de la
croix comme le sont les olives. Sa mort ignominieuse a fait de lui au plan
symbolique l’huile inépuisable qui se communique et resplendit sur le front des
rachetés, pour les introduire dans la vie fraternelle définitive, pour les
combler en abondance, pour leur donner le nom qui sauve, pour en faire des
princes. Marie sa mère, présente à la Crèche et à la Croix est intimement
associée à cette œuvre de salut.
C’est elle qui a donné le jour à la
Lumière, elle, la seule vierge sage, qui a rempli la lampe de l’humanité, qui a
conçu le seul Culte parfait par son Fiat, écho respectueux et puissant du Fiat Lux des origines. C’est elle, mère attentive et
généreuse, qui a reçu de Dieu l’huile qui redonne la vie à son fils
(l’humanité) sur le point de mourir de faim. A Garges sur une icône, et partout
dans le monde, elle ne cesse de la partager avec nous pour que nous soyons une
communauté fraternelle en route pour l’éternité, pour que nous soyons rétablis
dans notre vraie dimension de fils de Dieu.
Cette huile fait de nous des princes, laissons-la
couler sur nos cœurs.
A la place de tes pères se lèveront
tes fils ; sur toute la terre tu feras d'eux des princes.
dimanche 28 février 2010
Où il est question d'oiseaux, de ciel bleu, de mer et d'un peu de sang

J+M
C’est l’histoire d’une société de
Goélands qui a perdu la mer et vit sur un de ces dépotoirs qui sont le revers
de la médaille des paradis urbains. Peuplés de rats et de porcs, de chiens
errants et de toutes sortes de vermines, ils nourrissent aussi ces oiseaux-là
qui en sont apparemment fort aise.
Au
début la transition entre l’Océan et l’immense tas d’ordures fut difficile pour
les oiseaux. Certes il y avait abondance de protéines et autre rebuts
recyclables, certes il y avait là des pitances inouïes et, disons-le tout net,
savoureuses, que la mer jamais n’offrit à la gent pélagique : charognes,
hamburgers Quik halal ou non, rondelles de mortadelle périmée, délicieuses
carcasses en décomposition, passons. Le bec des oiseaux marins gardait
cependant le souvenir des saveurs sauvages façonnées par les embruns. C’est
donc lentement que l’habitude de vivre de la pêche, l’ivresse de suivre les
barques des pêcheurs en tournoyant en groupe, les ailes déployées pour épouser
le vent fut oubliée ; le confort et la chaleur du vaste dépôt firent le reste
et notre colonie y prospéra. Il y eut quelques autres désagréments connexes …
Les
ailes devenues inutiles s’atrophièrent, on s’en consola.
Les
pattes durent s’arquer et se durcir pour fouir les masses en décomposition ; on
en fit son affaire.
Les
becs aussi se durcirent et prirent un aspect crochu semblable à celui des
vautours. On en prit son parti.
Et
pour finir, il fallut aussi consentir à voir les rats dévorer la plupart des
nichées. En effet, en l’absence de falaises, les oiseaux durent apprendre à
couver à même les immondices, pour le plus grand profit des rongeurs qui les
peuplent. Il fallut aussi passer cela par pertes et profits, et même feindre
d’admettre que le contrôle de la natalité était un progrès, signe de
l’avènement de temps modernes, prospères et radieux.
Survint
un jour un grand Goéland venu de la ligne d’horizon, qui se surprit et se
désola de voir ses frères de race à cepoint diminués et enlaidis, si différents
du projet des origines pour lesquels ils avaient été créés.
Informé
de leurs coutumes, il versa tant des larmes au récit du destin des œufs dévorés
que la colonie préféra ne pas lui parler des poussins qui l’étaient aussi. A
leurs questions sur sa lignée il répondit sans hésiter, et grande fut leur
surprise quand il les informa qu’il ne venait d’aucun dépotoir mais bien de la
mer.
Et que mangeais-tu là-bas ? s’étonna-t-on.
Des poissons volants que j’attrapais en vol, leur fut-il
répondu.
L’affaire
fit grand bruit et provoqua un scandale médiatique sans précédent. Elle fut
rapportée aux anciens qui la classèrent sans suite, ne sachant comment la
traiter et espérant que le nouveau venu veuille agréer comme les autres les
délices de l’ordure.
Mais
le grand Goéland n’en fit rien. Loin d’adopter les coutumes de ses congénères,
il se mit à leur raconter la mer.
Il
faut cependant reconnaître qu’hormis quelques poussins personne ne l’écoutait.
Il invoqua la noblesse des vastes oiseaux des mers, leur fit miroiter les
récits antiques où pureté et virtuosité faisaient des soirs de tempête des
moments de pure extase dans la lumière du couchant ; les hautes falaises
pleines d’abris où nicher en toute quiétude, et même, pour porter le débat à un
niveau qui puisse être entendu des nouveaux boueux, de la saveur des sardines
et des crevettes arrachées à l’écume.
Bien peu l’entendirent.
Il
parla de les conduire lui-même à la mer.
On
lui rit au bec.
Il
proposa de les porter un à un sur son dos jusqu’au rivage.
On
ne voulut même pas en entendre parler. Pire, on commença de lui jeter des
détritus, et l’un des colons les moins aptes à voler, l’un des plus obèses le
pinça cruellement et fit couler son sang.
Il
parla encore, rapporta de la mer des poissons fraîchement pêchés, ce qui n’émut
qu’une vieille mouette déplumée qui se souvint de sa première saison sur une
île battue par les vents il y a fort longtemps, car ces oiseaux ont avec les
hommes le point commun de mesurer leur âge en décennies. Mais la colonie le
traita de sorcier et de menteur et s’il ne périt pas ce jour-là c’est qu’il
prit un essor que les autres ne purent suivre. Ils regagnèrent leur pays de
remugles avec la satisfaction du devoir accompli.
A
la consternation générale il était là le lendemain. Encore plus blanc. Encore
plus décidé à leur parler de la mer, de sa lumière, et à les prier de renoncer
aux remugles des détritus pour aller pêcher dans l’Infini.
Ils
décidèrent alors de se débarrasser définitivement de l’Importun.
Feignant
de l’écouter ils se ramassèrent en meute autour de l’Oiseau, le tuèrent et le
dépecèrent sans pitié, allant jusqu’à absorber son sang pour ne plus laisser de
trace. Cette fois on a gagné, on va enfin être tranquilles.
A
peine une poignée de juvéniles qui avaient aimé l'écouter purent-ils récupérer qui une plume, qui un brin
de duvet après l’horrible curée. Bouleversés, ils résolurent de fuir le groupe
criminel à la première occasion.
Le
lendemain, douze jeunes oiseaux blancs s’envolaient en hésitant dans la lumière
de l’aurore tandis que les bulldozers s’avançaient vers le dépotoir où dormait encore, engourdie, le reste
de la colonie .
***************
Autres roses du désert :
Autres roses du désert :
Psaume 91:3-4
Je dis à l'Eternel: Mon refuge et ma forteresse, Mon Dieu en qui je me confie!
Il te couvrira de ses plumes, Et tu trouveras un refuge sous ses ailes; Sa fidélité est un bouclier et une cuirasse.
dimanche 21 février 2010
Ce Dieu personnel et exigeant qui nous aime d'un amour fou.

J+M
Le carême est décidément, d’un point
de vue spirituel, une époque bénie.
Jeûner
peut dégager du temps, se priver d'un film libère environ 100 minutes pour
autre chose. L'homme peut alors choisir de se dépouiller d’une partie de lui-même
pour revêtir les richesses que Dieu lui propose. C’est le “secret” qu’exprime
Marie dans le Magnificat. Pendant ces 40 jours, il prend une actualité sensible
pour nous :
Il
est donc avantageux d’être affamé, affamé de Dieu et de vérité,
pour pouvoir être comblé puisque le mode d’emploi donné par Marie est clair :
les riches sont renvoyés les mains vides et les pauvres sont comblés.
Donc,
au désert où Dieu nous invite pendant le Carême, pas de riches, rien que des
pauvres, des épris de Dieu, des cœurs qui le cherchent avec droiture et ne
biaisent pas le pacte en exigeant que le dieu qu’ils veulent bien rencontrer
soit semblable à ce qu'ils ont imaginé. Ce Dieu-là ne sera probablement qu’une
idole faite de main d’homme, car notre Dieu est vraiment le Tout-Autre, celui
qui ne peut être connu que s’Il lui plaît de se révéler.
Restons
au désert, la Bible à la main (ou mieux encore dans le cœur, c’est
là sa vraie place), car nous aurons beaucoup à découvrir en contemplant ce Dieu
personnel et exigeant qui nous aime d'un amour fou.
Le
livre de la Genèse nous a déjà permis de contempler la somptueuse beauté de
l’acte créateur de Dieu tirant Adam de la terre, et lui insufflant sa vie par
un baiser d’amour.
Cette
relation d’amour est tellement ineffable qu’il serait folle présomption de
l’imaginer si le texte antique ne nous y autorisait. Elle est d’ailleurs
parfaitement inimaginable pour un cœur de riche, un cœur suffisant de certitudes
sur l’origine de l’homme, son devenir comme espèce, son rôle (pas toujours
glorieux) dans le parcours de cette minuscule sphère qu’est la Terre où nous
habitons. Or le problème de nos cœurs gavés de certitudes, de préjugés et de
science est qu’il nous est de plus en plus difficile d’accepter la simplicité
de cette relation d’époux (Dieu) à épouse (âmes) qui est la noblesse de notre
vocation et que le projet divin proposait dès l’origine. On sait aussi que
c'est ce projet que le Christ est venu restaurer.
Nous -genre
humain façonné par le Potier divin-, sommes donc appelés à devenir semblables à lui et à lui être unis par une vraie
relation sponsale.
Et
pourtant, entre la terre de l’origine et le souffle divin du but, nous
choisissons presque toujours la première sans hésiter, un peu comme l’a exprimé
un Michel Tournier en décrivant son Robinson irrésistiblement attiré par la boue au point d’y
passer de longues heures dans une soue à la fois malodorante et fascinante.
L’avantage
de revenir au désert, celui où Dieu nous envoie comme Osée envoya jadis son
épouse pour parler à son cœur (Osée 2: 14) ; est que le repos et l’expérience d’un
dénuement volontairement accepté nous permettent de retrouver notre Nord
spirituel. L’âme qui décide de prendre un peu de recul pendant le Carême
desserre ainsi les liens de ses occupations nécessaires mais tyranniques et
retrouve d'autres priorités. Elle pourra alors accepter peu à peu d’être
séduite par son Dieu et, sous la caresse des mains du potier divin qui lui
insuffle son souffle elle pourra s’écrier :
Dieu, c'est toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi, après toi
languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau.
La
réponse de Dieu, son Esprit donné comme un souffle dans notre chair, donnera à
ceux qui le recevront la joie de pouvoir dire avec l’épouse du Cantique des Cantiques :
Qu’Il me baise des baisers de sa bouche !
******************************
3º rose du désert
Cantique
des Cantiques 1 : 2
Qu'il me baise des baisers de sa bouche ! Car ton amour vaut mieux que le
vin
Psaume 63. 2
Dieu, c'est toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi, après toi
languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau.
Luc 1, 53
Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides.
.
jeudi 18 février 2010
Le pacte
![]() |
| Cathédrale de Saragosse La Création d'Adam (Détail) |
Carême, 2º jour
Choisir d’être au désert avec Jésus
qui y prend des forces, c’est se préparer avec Lui à entrer dans une mission à
laquelle notre condition d’humains nous prédestine. Tout à la joie de la
contemplation de l’Esprit de Dieu en train de nous créer, il nous faudra aller
plus avant, et passer ainsi de la contemplation à l’adoration, car c’est cette
démarche qui nous fait grandir et devenir l’homme que Dieu pétrit chaque jour
par l’action délicate de ses mains, action que certains appellent providence.
On
a eu l’occasion sur ce blog d’évoquer la notion d’hypostasie, et on ne s’est
pas effarouché de ce mot peu courant mais bien utile pour exprimer la
juxtaposition de deux natures, celle de Dieu et celle de l’homme. Il concerne
la double nature de Jésus Christ, vrai Dieu et vrai Homme.
Or
ce remarquable privilège n’est-il pas déjà préfiguré dans la création d’Adam ?
En
effet dans le baiser que reçoit la terre et qui anime l’homme -au sens strict,
en lui donnant une âme- la nature divine et la nature humaine sont intimement
liées dans un élan d’amour.
La
reconnaissance filiale que devrait donc éprouver tout être humain au souvenir
de sa création a été gravement blessée par le péché originel, on le sait. Et
pourtant nous sommes toujours bel et bien appelés à devenir porteurs de
Dieu, unis à Dieu, et la vie éternelle que nous attendons n’est rien
d’autre qu’une restauration de cet élan hypostasique.
Bonne
nouvelle : l’image et la ressemblance que Dieu a désiré inscrire en
chaque être humain deviennent effectives dans le Christ qui les porte
parfaitement et nous les restitue. En quelque sorte, le Christ est ce
baiser d’amour de Dieu pour chaque homme qui nous rend notre liberté et notre
vocation à être porteurs de cette double nature.
Au
désert Christ se prépare à cette immense restauration car c’est en Lui que
chaque homme renaît. Lui qui est l’amour de Dieu, il se fait le
baiser créateur de Dieu pour chacun de nous. Et nous, sans lui nous ne serions
qu’une terre rendue inanimée par le péché, le refus ou la simple ignorance.
Enfin
si en toute rigueur la création eut lieu au Jardin, c’est souvent au désert que
nous trouvons Dieu pour être par lui recréés.
Il
y a toutes sortes de déserts et notre monde ne semble pas se lasser d’en
produire de nouveaux, comme ces déserts urbains où les sourires sont si rares
et les contraintes si fortes, ces déserts des campagnes déshumanisées et donc
dédivinisées où les portes des églises sont fermées et les gens ne se
connaissent plus, voire même ces désert des foyers où s’entassent des biens de
consommation et se raréfient les signes de piété et d’amour.
Par
chance, tout désert est propice au face à face avec ce Dieu qui nous aime d’un
tel amour.
Moïse
y a jadis rencontré un buisson ardent qui disait Dieu, définissant très
nettement le pacte hypostasique : de même que le feu, -divin-, ne consume pas
le buisson -terrestre- l’arrivée et l’installation de Dieu dans nos cœurs loin
de les consumer leur restitue leur vraie dimension.
Cette
règle est valable pour toute l’humanité : c’est dans nos déserts personnels,
intimes, ces lieux où nous nous dépouillons de nos certitudes et de nos pauvres
boussoles folles qui n’indiquent jamais le bon Nord, ces lieux de solitude et
d’errance mais aussi de disponibilité que nous avons le plus de chance de
trouver Dieu.
2º rose du désert :
je veux l'attirer et la conduire au désert, et je parlerai à son cœur.
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