
Avec douceur, avec obstination, avec
cet entêtement des choses lentes et sûres, comme une eau qui ruisselle pour
perforer un monolithe, mettre non pas des prières dans la vie,
mais la vie dans une prière.
La vie avec ce qu’elle a de grand et
de saint, -mais aussi ce qu’elle a de menu et de triste, de souillé, de
renfermé- aspire à devenir dialogue intime, colloque amoureux, confiant,
abandonné avec ce Dieu qui comprend tout. Son regard purifie, recycle si j'ose
dire et reconstitue l'être qui se tourne vers lui. La prière devient dialogue
capable d'embellir la totalité de la vie.
La respiration, cet aller-retour des
poumons, retrouve ce souffle qui vient du baiser originel donné à l’homme par
son Dieu alors qu'il n’était encore qu'un projet fait de glaise et boue.
S’alimenter, prendre trois repas par
jour venus de la terre et se souvenir que les fruits et les mains qui les
préparent sont les dons de celui qui a tout tiré du néant par sa parole.
Travailler pour semer du partage et de
la solidarité afin que les épines des relations sociales fleurissent, et que le
monde lentement puisse devenir plus juste.
Sur l’autel antique des hébreux on
sacrifiait jadis taureaux et boucs. On peut à présent sur l’autel de son cœur
présenter les colères, les indignations, les espoirs déçus, les rages de notre
vie.
La fumée de ce sacrifice intime monte
vers Dieu qui l’agrée.
Les laideurs et les lâchetés aussi
portent leur dose de prière puisqu’il n’y a rien d’humain qui soit étranger à
un Dieu qui a pris à bras le corps la condition humaine (comme il a pris sa
croix à bras le corps) pour assumer tous les péchés jamais commis.
Je prie aussi en disant la longue
somme de mes limites. Mes tristesses, mes erreurs et mes trahisons, Dieu les a
oubliées. Mieux, il les a utilisées pour faire de moi celui qui veut le prier
sans crainte aujourd'hui.
Que la vie tout entière puisse devenir
élan vers Dieu, aspiration de l’âme vers l’En Haut, vers le trône de la Grâce
... Que l’ensemble des jours devienne un cantique humble et pourtant immense …
serait-ce possible ?
Je suppose, j’ose à peine espérer que
ce désir qui frappe d’insistante façon à la porte du cœur y est déposé par
Celui-là même qui l’exaucera.
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