samedi 20 novembre 2010

Irak : l’AED lance une neuvaine à Notre Dame du Perpétuel Secours

Irak : l’AED lance une neuvaine à Notre Dame du Perpétuel Secours

S’il-vous-plaît, priez pour nous


« S’il-vous-plaît, priez pour nous. C’est un temps vraiment difficile pour l’Irak actuellement. C’est le chaos. Les gens souffrent tellement de la peur. Il y a de la rage et de la détresse, et ils ne savent pas où se tourner »,
supplie Mgr Bashar Warda, archevêque chaldéen d’Erbil.

Alors prions !

L’AED lance une large neuvaine à Notre Dame du Perpétuel Secours, puisque c’est dans l’église du même nom que le 31 octobre 2010, 2 prêtres, 44 fidèles (chiffre variable selon les sources) ont trouvé la mort, auxquels il faut ajouter de nombreux blessés.

Nous vous proposons de débuter cette neuvaine ce dimanche 21 novembre 2010, puisque nous fêterons le Christ, Roi de l’univers dont Saint Paul dit : « Dieu a voulu que, dans le Christ, toute chose ait son accomplissement total. Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix. » (Col 1,19-20)

En pénétrant dans l’église, les assaillants ont mitraillé la Croix en se moquant et en disant aux fidèles : « Dîtes-lui de vous sauver ! » Dans l’Evangile de ce dimanche, on retrouve les mêmes paroles dans la bouche d’un des malfaiteurs crucifié en même temps que Jésus : « N’es-tu pas le Messie, sauve-toi toi-même, et nous avec ! »

Ensemble, prions Marie d’intercéder auprès de son Fils, le Christ, Roi de l’univers, pour que l’Irak retrouve la paix.
L’AED propose de commencer la neuvaine le 21 novembre 2010, fête du Christ-Roi.


Prière proposée par l’AED pour la neuvaine à Notre Dame du Perpétuel Secours
,

Notre Dame du Perpétuel SecoursDonne la paix à la terre d’Irak
Ô Notre Dame du Perpétuel Secours
Nous confions à ton cœur et à ton amour
Le peuple irakien et l’Eglise de cette terre.

Garde-les de toute injustice,
De toute division,
De toute violence et de toute guerre.
Garde-les de la tentation
Et de l’esclavage de la vengeance.
Sois avec eux !

Aide-les à vaincre le doute par la foi,
La peur par la confiance,
La haine par l’amour.

Ô Mère du Christ,
Sois leur réconfort
Et donne force à tous ceux qui souffrent :
Aux persécutés,
Aux réfugiés.

Donne la paix à cette terre divisée
Et à tous, la lumière de l’espérance.

Prière inspirée de Jean-Paul II

vendredi 29 octobre 2010

Le désert

J+M

Je t’emmènerai au désert et là je parlerai à ton cœur (Osée 2:14)

Dans ces lieux que j’habite à présent on n’imagine pas abruptement le désert. Ici tout n’est que verte rotondité, exubérante végétation, troupeaux paissant avec un acharnement paisible de verts pâturages qui eussent parfaitement convenu au Roi David. Loin de steppes castillanes qui, elles , évoquent parfois , par leur démesure et sa lumière une étendue désertique, les monts cantabriques en Espagne sont à la fois féconds et peuplés. Il ne s’agit donc en l’espèce d’une rêverie sur un paysage imprégnant un cœur distrait, mais bien de la contemplation d’un sorte de désert intime.
Cela a été traité à l’infini, je ne m’étendrai pas sur la désolante propension du cœur humain à produire des déserts. A désertifier les labours de la grâce et à dé-forester la capacité de paradis qu’il y en a nous. Les outils de coupe sont inventoriés, la raison (celle que l’on vit brièvement trôner sur nos autels en France pendant la Terreur), la matérialité, l’égoïsme … Comme celui des démons qui se réfugièrent jadis dans tout un troupeau de porcs, leur nom est légion. Mais force est de reconnaître que le désert gagne, il est partout.
Et l’aventure spirituelle ne consiste pas à nier le désert ou à en faire reculer les limites car cela seuls quelques héros en ont le privilège, mais à l’accepter.
Accepter son propre désert d’amour.
Désert intime et ravageant. Nous restons de marbre devant la Croix. Devant une Pietà. Devant le miracle eucharistique. Devant l’infinie souffrance humaine brassée par la vie. Nous justifions tout, acceptons tout. Expliquons tout.
Et peu à peu notre cœur devient un désert où ne pousse aucun fruit de compassion, de partage, de simple solidarité.
Désert liturgique. Accablant silence de nos cœurs faits pour la philocalie et la louange. Rien.

Et soudain, Miracle, Tu es là
Tu opères en nous le vouloir le faire, et dans nos aridités tu fais couler le fleuve de Ton Cœur Ouvert.
Et la steppe exulte et fleurit, conformément à Ta Parole.
Nos âmes sont couvertes de ta rosée.

Tu es Merveilleux Seigneur

vendredi 20 août 2010

L’autre rive du pont

Quitter Lisbonne

Période troublée pour l’auteur de ce blog : erratisme, déménagement et peu d’accès à Internet expliquent un long silence. La rentrée prochaine me trouvera en Espagne, et ce seront d’autres images qui viendront alors –Dieu voulant- illustrer les réflexions de ce carnet de bord où s’échouent prières et coups de cœur spirituels.

Dans l’attente, ces dernières journées du mois d’août à Lisbonne sont marquées du sceau de la saudade, cette nostalgie pas forcément triste mais bien imprégnante !

C’est un pas dans la foi, sans que le chemin soit évident qui m’attend. Mais ce pas est décisif, il s’effectue avec la joyeuse certitude qu’Il est là, tous les jours jusqu’à la fin du monde (Mat 28 :20). Le Christ avec nous, dans les rencontres et les joies, dans les séparations et les bourrasques, que la barque tangue ou qu’elle file droit avec le vent en poupe.

La photo qui illustre ce propos résume l’image que j’emporterai de la capitale portugaise, dominée par la statue de Cristo Rei, au bout du pont appelé « 25 avril » devenu pour la circonstance métaphore et même projet de vie.

Il m’ a été doux d’habiter une ville surmontée d’une pareille icône, doux de savoir chaque jour que Christ est le vrai et seul pontife, au sens de constructeur de pont, car son Sacrifice nous permet de gagner les rivages de Son Royaume.

Comme sur cette image, la brume ne permet pas de contempler tous les détails du chemin qu’il faut emprunter. Mais la certitude que Jésus attends de l’autre côté du pont est remplie de promesses et rend le pas du pélerin assuré.

Je souhaite à tous les lecteurs de ces lignes d’approfondir cette réalité pour la rentrée, qu’elle soit précédée ou non d’un de ces grands changements qui nous font progresser sur les chemins de la confiance. Qu'elle nous prépare au détachement qu’il faudra bien rendre un jour effectif, quand l’autre rive du pont à emprunter ne sera déjà plus de ce monde.

dimanche 4 juillet 2010

Du pain et des roses

 Rainha Santa Isabel, Nós Vos pedimos, Senhor, por intercessão desta Santa Rainha  as graças de que tanto precisamos  em modo particular a paz nos nossos corações e nos nossos lares.
Du pain et des roses

J+M

Une remarque en préalable. Le Portugal, terre d'exil et de voyageurs, a pour saints principaux deux exilés. Ainsi Saint Antoine, lisboète de souche, est connu paradoxalement comme St Antoine de Padoue. Quand à Sainte Elisabeth du Portugal que le pays fête ce jour, elle naquit en Espagne dans la famille royale d’Aragon, devint reine, mère et sainte au Portugal avant de rendre son âme à Dieu sur la route en tentant, comme elle n’avait cessé de la faire, de rétablir la paix dans sa turbulente famille de princes ennemis.
Cette interculturalité chrétienne n’est-elle pas le signe de l’universalité de ceux qui affirment avec Saint Paul “pour nous, notre patrie est dans les cieux” ? (Phil, 3:20) . Elle n’exclut certainement pas l’amour de la patrie terrestre, et ne le dilue en aucun cas dans une globalisation anonyme : être chrétien c’est bien se doter au contraire d’un message universel, que tous peuvent entendre.
C’est pourquoi une Elisabeth qui quitte sa patrie pour aller devenir reine dans un royaume voisin illustre le destin de l' âme. Elle actualise prophétiquement la noblesse de la vocation de tout homme, qui devra un jour quitter ce monde pour régner avec le Roi des rois et lui devenir semblable. A condition d’avoir accepté et reçu l’amour de Dieu, et d’avoir décidé de lui ressembler.
Elisabeth nous montre que cet appel est possible dans tous les états de vie. On se souviens de l’exhortation de saint François : fleuris où tu es semé. Semée dans une famille princière, exposée aux dangers incessants de l’intrigue et de la fortune, elle considéra tout ceci à sa juste valeur pour n’aspirer qu’aux biens du Ciel qu’elle fit fleurir autour d’elle pour ceux qui l’approchaient.
Le prêtre qui ce matin rappelait sa mémoire au Portugal employait un raccourci intéressant : Mère et Sainte, et d’autant plus sainte que mère, et d’autant plus mère que sainte. Tous les états qu’elle a connus ont été en effet autant de tremplins pour s’élancer avec fougue vers le Ciel. Elle qui souhaitait être moniale dut se marier, elle qui souhaitait venir en aide aux pauvres dut lutter contre les exigences de son mari. Amoureuse de la paix, elle dut voir son fils aîné s’opposer à son père, allant jusqu’à prendre les armes contre lui, puis un de ses petits enfants, prince d’une autre contrée, déclarer la guerre à son pays.
Tous ces soucis ne lui arrachèrent aucune plainte, et ce n’est que très tardivement qu’elle put enfin revêtir l’habit de tertiaire franciscaine qu’elle avait appelé de ses vœux au long de son existence.

Le pain et les roses sont donc à l’honneur aujourd’hui 4 juillet, intimement associés à la fête de sainte Elisabeth du Portugal dont ce blog a déjà évoqué la figure ici et . Le pain bien sûr puisqu’il représente à juste titre l’alimentation, et par extension ce qui est nécessaire pour vivre. Mais ce n’est pas tout. Même Jésus dira à Satan qui le tente que l’homme ne vit pas seulement de pain. Il y a aussi les roses, tout aussi nécessaires. Les roses qui représentent la nature dans sa beauté, celle qui réjouit les yeux. Elle symbolisent aussi les vertus, lesquelles embaument la vie du croyant comme le font les fleurs.
La fête de ce jour ne dissocie pas le pain et les roses, et c’est tant mieux. Car le don que faisait perpétuellement la reine de sa vie et de sa fortune en venant au secours des nécessiteux ne leur donnait pas seulement de quoi vivre, mais bien aussi une raison de vivre. En voyant leur détresse soulagée, les pauvres pouvaient croire à la vérité de la Bonne Nouvelle du salut. A ce titre, les roses que sainte Elisabeth vit un jour apparaître miraculeusement dans son manteau représentent l’amour dont elle se faisait la messagère, le canal visible. C’était cela sa sainteté à elle, se faire transparente à Dieu pour que les hommes puissent Le voir à l’œuvre à travers ses actions.
On retiendra que cet amour lui fit un jour laver, puis donner un baiser aux plaies d’une malheureuse dont tous s’écartaient du fait de ses ulcères nauséabonds. Ce baiser aussitôt la guérit.

Devenir soi même pain et devenir soi même rose, c’est imiter ce que fit le Seigneur dont l’amour est devenu nourriture, capable d’alimenter chaque jour ses fidèles. Le sacrifice sur l’arbre de la Croix au plan symbolique anéantit l’œuvre des ténèbres qui commença elle aussi sous un arbre. Jésus est devenu lui même le fruit qui pendait de l’arbre de la Croix et dont le corps donné en nourriture à ceux qui l’aiment guérit des morsures du serpent. Et c’est son sang qui a fait fleurir, comme le dit la liturgie, les roses du salut.

Sainte Elisabeth du Portugal, entièrement donnée au Christ au point d’œuvrer les mêmes miracles que lui, fut elle aussi pain pour son peuple, qu’elle nourrit et à qui elle enseigna par l’exemple d’une vie configurée à celle de Jésus. Le Portugal qui célèbre sa fête par du pain et des roses récapitule donc fidèlement son message à travers deux symboles simples dont la portée est universelle.

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Les armes du combat :

Que votre lumière luise ainsi devant les hommes, afin qu'ils voient vos bonnes œuvres, et qu'ils glorifient votre Père qui est dans les cieux.

mardi 15 juin 2010

Dire oui


J+M

Tu as dit Oui Jésus de toute éternité
Oui au Père qui T’engendre
Oui à l’Autre, que Tu aimes
Oui au bonheur
Oui à la solidarité
Oui à la vie !

Tu dis oui aux hommes, et, ce disant, ils sont. Ils sortent du néant à l’appel de Ton souffle ; nous sommes nés
De ta parole aimante et pleine de compassion.
Tu nous appelles par un nom connu de Toi seul, un nom ami, qui parle au cœur et le fait frémir.

Qui résisterait à Ta voix ?

Tu as dit oui, et ce oui est devenu toute la beauté, toute la lumière et le salut tout entier.

Et nous, nous savons rien d’autre que Non.
Non à la vie, à un amour personnel, à un Dieu personnel qui dit Oui
Que ta volonté soit faite
Ainsi soit-il.
Tout cela décline le Oui que tu dis au Père et qui efface la somme de nos non, refus menus comme des fourmis
Tristes comme des insectes dévorant les récoltes des enfants qui ont faim.

Je veux réapprendre à te dire oui, moi aussi
Oui dans la lumière
Oui dans le silence des appétits
Oui à l’aventure de Te découvrir chaque matin, à l’intime comme dans la plus vaste des majestés
Oui comme Marie qui T’accueille et ouvre à nouveau la porte de l’Antique Jardin.

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Les armes du combat :


2Co 1 .20.
Et toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur « oui » dans sa personne. Aussi est-ce par le Christ que nous disons « amen », notre « oui », pour la gloire de Dieu.

dimanche 13 juin 2010

Anniversaire

St Antoine. La prêche aux poissons
13 juin

En la fête de Saint Antoine, patron de Lisbonne où je réside encore pour une poignée de semaines, ce blog fête son premier anniversaire. Bilan : une centaine de billets, et surtout une pluie de grâces ininterrompue. Je remercie le Ciel pour tout ce qu’il me donne à travers les frères et sœurs qui me lisent, commentent ou prient avec moi.
La fête du saint lisboète, plus connu comme Saint Antoine de Padoue me rappelle une anecdote :
Saint Antoine prêcha jadis dit-on a des hérétiques qui se bouchèrent les oreilles pour ne point l’entendre. Il s’adressa alors aux poissons du port, qui sortirent tous la tête de l’eau pour entendre la prédication du saint homme, donnant ainsi une leçon magistrale aux habitants des lieux.
Internet et la tenue d’un blog actualisent tous les jours ce genre de miracle. Nous poissons habitués des eaux troubles, nous trouvons parfois au détour de la Toile, d’un clic inattendu, de lumineuses exhortations. Tel ce lien vers Il est vivant , journal rempli de bonnes nouvelles et de témoignages destiné à un public de jeunes chrétiens ou celui de Cybercuré qui m’a tellement impressioné (le webmestre est un curé autodidacte qui a tout appris d'Internet à 78 ans et ne se sert que de la main gauche). Il reçoit des milliers de visites chaque mois !
Oui, je me sens heureux de remercier Saint Antoine qui associé à cette aventure depuis l’origine, m’a permis comme les poissons de sortir la tête hors de l’eau du quotidien et d’entendre beaucoup de belles paroles.

*****
Les armes du combat :
Ps 44, 2
D'heureuses paroles jaillissent de mon coeur quand je dis mes poèmes pour le roi d'une langue aussi vive que la plume du scribe !

vendredi 28 mai 2010

Le mois de Marie

C'est le mois de MARIE

Le mois de Marie
J+M

C’est le mai, le joli mai. Et Dieu sait s’il est joli sous ces cieux atlantiques où le ciel et l’Océan se rejoignent dans une étreinte éclaboussée d’un bleu si beau qu’il est aussi celui que poursuivent à perdre haleine les fabricants d’azulejos depuis des siècles. J’ai déjà parlé des prairies de l’Alentejo, lesquelles au fait n’ont rien à envier à celles de l’Algarve ou de Tras os Montes. Oui mai est bien un moment merveilleux ici.
Le mai, le joli mai tire à sa fin. Nous avons installé un oratoire pour le mois de Marie, l’enthousiasme incertain devant cette évidente réactivation de la piété enfantine des temps jadis. Il paraît qu’on à l’age de ses enfants et les nôtres ont entre 7 et 11 ans. L’oratoire fut dressé, la plus jeune l’a orné de compositions de son cru, avec des crucifix sur lesquels fleurissent des roses dans un raccourci fascinant, comme si sa jeune âme avait déjà compris que le salut à fleuri sur l’arbre de la croix. Et , avec une incertaine et chancelante fidélité, nous avons essayé de prier en famille devant le petit oratoire. Il faut bien reconnaìtre que les fleurs champêtres qui auraient du logiquement l’orner faisaient défaut, mais une mousse verte et synthétique acquise avec un bouquet a fait des prodiges sur nos gerberas urbains.

Et puis…avant hier ma douce moitié m’a appelé pour me demander d’acheter des fleurs. Une statue de la Vierge venait d’arriver dans notre foyer, poussée par des zéphyrs mystérieux !
La pèlerine est une reproduction de la Vierge de Schoenstatt, celle qui nous accueillait à La Paz pour la messe dominicale, et dont nous avions une petite reproduction à la maison. Cette touchante coïncidence me fait chaud au cœur.
Sur l’autel du mois de Marie il y a des roses portugaises, comme celles de Sainte Isabelle, et des Alstroémères, lis des Incas que nous achetions par grands bouquets en Bolivie.

C’est le mois de Marie, c’est le mois le plus beau !

jeudi 20 mai 2010

Bien plus ...

Dieu revêt la nudité de ses enfants, plus tard Jésus sera dépouillé de ses vêtements pour nous revêtir de ceux du salut
J+M

Depuis toujours, Dieu habille l’homme et lui permet d’entrer sans rougir dans la salle des fêtes du Royaume.
Au commencement, Adam et Eve découvrent leur nudité en même temps que leur état de pécheurs. Quelle déconvenue pour ceux qui s’imaginaient devenir comme des dieux ! Cette situation doit probablement hanter l’inconscient collectif des humains, car beaucoup d’entre nous ont fait l’expérience d’un rêve terriblement désagréable dans lequel nous sommes nus, ou sales, ou affublés d’oripeaux ridicules en face d’un groupe bien vêtu.
Dès la chute des 2 premiers hommes Dieu a immédiatement mis en œuvre un plan de miséricorde en leur remettant une tunique faite de peaux de bêtes, sans doute plus agréable à porter que le pagne de feuilles de figuier confectionné en hâte par le premier couple. Ce cache misère à n’en point douter devait être inconfortable. La tunique était préférable, même si l’usage des peaux fait bondir les amis écolos qui détestent que l’idée même de la fourrure. Qu’ils se tranquillisent ! Car en l’espèce, on reconnaîtra dans ces pelages offerts par Dieu à ses enfants désobéissants l’image de la ruine d’un projet stupide. Les bêtes représentent deux idolâtries, celle être autosuffisant et celle d’être l’égal de Dieu. Ces deux erreurs ont éclipsé brièvement le culte divin dans le cœur d’Eve et d’Adam c’est pourquoi elles apparaissent comme des bêtes. Mortes, elles attestent de l’échec de ce projet ; et Dieu qui tire le bien du mal s’en sert pour vêtir ses enfants.
L’abandon du projet idolâtre que figurent ces dépouilles est un pas vers le repentir, qui entraînera le pardon. Il est intéressant de noter ici que le pardon du Seigneur précède ce repentir.
Donc, le geste tout empreint de sollicitude d’un Dieu qui habille ses enfants pécheurs - geste si bienveillant qu’il en est paternel, et même maternel- inaugure une attitude dont Dieu ne se départira jamais face à un être humain toujours tenté par l’autonomie et l’idolâtrie.
On retrouvera ce geste divin à la Croix. L’homme nu qui s’enfuit sous le regard des gardes alors que l’on emporte le Seigneur vers son supplice représente, je crois, notre humanité toute entière.
Un jeune homme le suivait, n'ayant sur le corps qu'un drap. On se saisit de lui; mais il lâcha son vêtement, et se sauva tout nu (Mc :14, 51-52)

L’humanité apparaît extrêmement faible, vulnérable, en proie aux pires terreurs. La fuite et le dénuement du jeune homme tout nu qui s’enfuit avant l’exécution de Jésus en donnent une image poignante. Mais la mort du Seigneur réhabilitera les hommes (qui seront désignés dans l’Apocalypse comme ceux qui ont lavé leur vêtement dans le sang de l’Agneau), et recouvrira leur nudité congénitale de la pourpre perdue des enfants de roi. De mystérieuse façon, dans la vaste plan général du Salut, le Christ a voulu partager cette nudité et a accepté, pour nous revêtir de Sa gloire, d’être littéralement dépouillé de ses vêtements. C’est, ne l’oublions pas, son abaissement qui nous relève, et rien d’autre. (Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu Eph : 2,8)

Le vêtement perdu, donné, retrouvé appartient ainsi au réseau des signes que déploie depuis le début de l’histoire de l’homme la générosité de Celui qui réclame notre confiance et à qui, opiniâtrement, nous la refusons.
Signe que la miséricorde de Dieu traverse et accompagne nos vies dans leur intégralité, le vêtement donné en vient à représenter par métonymie la Providence elle-même, que décrit Jésus en ces termes :
« Et pourquoi vous inquiéter au sujet du vêtement ? Regardez les lys des champs, je vous dis que Salomon lui-même, dans toute sa gloire, n’a pas été vêtu comme l’un d’entre eux. Et si Dieu revêt de la sorte l’herbe des champs, qui est aujourd’hui et demain jetée au four, ne fera-t-il pas bien plus pour vous, gens de peu de foi ! » (Matthieu 6 : 28-29)

Il faut savourer ce « bien plus », car il sert de remède à notre méfiance congénitale, héritée d’Adam qui l’a reçue de Satan. Car il y a effectivement bien plus, infiniment plus que cet habit temporaire pour lequel nous courons tous en haletant (et que les victimes de la mode ne viennent pas me dire le contraire) : il y a cette extraordinaire faculté que donne le Seigneur à Ses rachetés, c’est à dire à tout un ramassis de pauvres hères trouvés sur les places et au bord des chemins creux, vagabond, désœuvrés et mendiants dans lequel on reconnaît la vision saisissante d’une humanité rendue aux dernières extrémités par le péché et l’ignorance ... d'avoir accès à l’enceinte de la fête !
Dieu, le Maître des lieux, la revêt d’un vêtement de noces et ceux qui seront refoulés seront ceux qui ne voudront pas de cette rédemption. Laquelle passe par la foi au Christ Jésus, l’adhésion à sa doctrine :
"Celui qui croit au Fils a la vie éternelle, celui qui ne croit- pas au Fils ne verra point la vie" Jean 3 : 36

En effet, bien plus que les habits périssables, Dieu accorde vie, santé, amour et tous les biens d’éternelle façon.
Il n’a jamais cessé de le faire depuis qu’il a jeté sur la nudité d’Adam la première tunique, qui annonçait celle dont Il se dépouillerait à la croix pour que nous n’apparaissions plus indignes d’entrer dans la demeure éternelle de sa Fête. Ce Dieu là est un Dieu scandaleux, scandaleusement injuste avec Lui même, qui s’abaisse jusqu’à l’anéantissement, fait de nous ses fils et nous hisse jusqu’en ses sublimes hauteurs. Comment ne pas l’aimer, en retour, follement ?

jeudi 13 mai 2010

Ce 13 mai

Un demi-million de personnes ont participé, jeudi 13 mai, à la messe célébrée par Benoît XVI à Fatim
Ce 13 mai revêt une triple importance pour le chrétien du Portugal et du monde entier (c’est ça l’avantage d’être catholique, c’est à dire universel).
En effet trois fêtes confluent ce jour, illuminant la méditation dans une nette perspective de réjouissance. Elles ont un point commun : blancheur et élévation.

La première est la fête liturgique de l’Ascension.
En toute rigueur, si l’on s’en tient à une lecture superficielle du fait de l’Ascension, on pourrait imaginer que c’est un événement triste, puisqu’il marque une rupture dans la présence physique et visible de Dieu sur nos chemins. Mais si l’on y regarde de plus près il n’y a aucune raison de refuser la joie qui sourd des promesse faites par le Seigneur lui même qui nous assure avant de monter rejoindre son Père et le nôtre, cf Jean 20 :17) qu’il est avec nous tous les jours jusqu’à la fin du monde.

Nous sommes contemporains du Christ au même titre que ceux qui le virent sous sa forme humaine il y a vingt siècles, Il est dans notre vie, palpable par la foi et l’amour tout comme il le fut jadis en Palestine, et sans doute même plus, car la communion Le rend encore plus proche qu’Il ne l’était à ses disciples et amis. Le Christ qui affirme qu’Il est avec nous ne ment pas, il faut simplement L’accueillir et l’aimer à l’intime de soi pour découvrir la vie qu’Il veut nous donner, comme l’ont reçue les éclopés de la vie et de la grâce qu’Il soignait sur les routes de la terre sainte.
L’Ascension démultiplie donc si l’on peut s’exprimer ainsi les grâces que Jésus accorde aux hommes, car elle Lui restitue sa vraie stature de Fils de Dieu sans le dépouiller de sa condition d’homme. Homme et Dieu, Il est doublement attentif aux hommes non encore divinisés par Lui. Avec une double pitié Il se rapproche de nous, joignant à Sa puissance au sein même de la Trinité une perception humaine et solidaire de nos besoins.

Première élévation donc, celle du Christ montant vers son Père et notre Père, nous ouvrant le chemin des cieux et nous attirant dans son sillage.

Deuxième tableau à méditer en ce grand jour de fête, celui de la lande de Fatima au centre du Portugal.
Il y a 93 ans, un 13 mai comme aujourd’hui Marie est venue dans l’histoire des hommes parler à des enfants. Elle leur a indiqué un chemin qui passe par la joie, le sacrifice et la solidarité avec les hommes, tous les hommes, y compris ceux qui refusent l’idée même de Dieu ou celle de la rédemption. Les enfants l’ont compris et admis, et sous la tutelle maternelle de Marie, ont gravi le chemin de l’héroïsme avant l’âge de 10 ans.
A ce jour, deux de ces trois enfants (Jacinthe et François) ont été inscrits sur le livre des saints et la troisième, Lucie, qui devait décéder à l’ âge de 97 ans au printemps 2005 figurera sans doute un jour à leur côté mais en condition d’adulte.
Retenons de cette date anniversaire du 13 mai que Marie, messagère de Dieu, intervient dans notre histoire au même titre que Jésus, pour nous élever et nous arracher à la succion de la boue, si l’on veut bien considérer que le péché est un enlisement dans des sables mouvants.
Son message à trois enfants très jeunes ni particulièrement disposés ni particulièrement instruits en a fait des saints à une vitesse fulgurante tout en les remplissant de la plus belle des sollicitudes pour le genre humain : en effet ils n’ont jamais cessé de prier et de s’offrir pour les pécheurs.
Marie les a donc conduits très haut sans les déconnecter aucunement de la vie et de la condition humaine. Lucie a pris une autre voie mais sa solidarité personnelle s’est exprimée au moyen d’une vie de carmélite vivant dans l’oblation et l’intercession.

La hauteur à laquelle sont parvenus les enfants de Fatima là encore nous concerne tous, car elle indique un jalon sur notre propre parcours d’hommes qui ne peuvent en aucune façon s’élever sans les autres ou déconnectés des autres. C’est le désir de partager les grâces venues d’En Haut et la sollicitude pour les pécheurs (les enfants ont eu la révélation de l’enfer, ce qui les a rempli de compassion pour les âmes qui risquaient d’y tomber) qui a fait de ces trois jeunes portugais du début du XXº siècle des référents pour notre époque.
Fatima est devenu le lieu ou Marie parle au monde actuel, où elle annonce la victoire de son Cœur Immaculé.
C’est donc un lieu où le Ciel se fait proche, où plus exactement la distance entre le Ciel et la terre apparaît dans sa vérité : elle est infime, un simple battement amoureux de cœur en réponse à l’amour de Dieu peut admettre en sa présence selon la promesse du Christ.

On comprend pourquoi le pape a tenu à s’y rendre. Où mieux qu’à Fatima (ou plus de 500 000 personnes l'ont acclamé et suivi tout ce jour) peut –il parler de la proximité du Ciel et de la joie du salut ? Cette journée du 13 mai invite toute la catholicité à s’élever vers Dieu en se laissant porter par l’ascenseur céleste inauguré par Jésus Christ, monté vers son Père et Notre Père, pour inscrire notre nom dans le livre des Cieux et nous revêtir par avance d’un vêtement de fête dépassant en blancheur tout ce que nous pouvons imaginer ou rêver.

mercredi 12 mai 2010

Benoit XVI au Portugal. Messe à "Terreiro do Paço" à Lisbonne

Visite papale à Lisbonne


J+M
Hier, lors de la visite papale à Lisbonne, notre famille a pu participer à la grande messe en plein air concélébrée par le Saint Père avec un nombre considérable de cardinaux, évêques et prêtres. La foule qui avait répondu à l’appel du Saint Père m’a fait penser à celle des pairies en fleur de l’Alentejo, comme elles multicolore et bigarrée. Avec quelques bonus. La joie et l’insouciance face aux misères nées de l’organisation, des transports, et des autres contraintes, elle a scandé de joyeux slogans sans se fatiguer pendant deux ou trois heures avant la messe, et a acclamé l’homme en blanc venu de Rome interminablement.
Bento XVI comme l’appellent les portugais a rappelé lors de la célébration le rôle éminent du Portugal dans l’évangélisation de la planète, et le rôle de plusieurs saints portugais dont certains, comme Nuno de Santa Maria, s’ils ont fait l’histoire du Portugal, ne sont sur les autels que de fraîche date.
Il a conclu une homélie somme toute simple et courte, parlant du Christ et de la foi en termes clairs longuement applaudis, par une mention toute spéciale à la Toute Sainte, dont il visitera demain 13 mai, date anniversaire des apparitions, le sanctuaire de Fatima.
Sa visite rappellera que Dieu intervient dans l’Histoire des hommes comme Il l’a fait en 1917 à Fatima, ce qui, en cette époque de remise en question systématiques de valeurs du christianisme, voire de franche christianophobie apporte du baume au cœur des croyants. Non , Dieu n’est pas devenu sourd, oui, Il est toujours à l’œuvre, oui, le Christ nous accompagne aujourd’hui comme il a 20 siècles, Il est au milieu de nous et ne demande qu’a entrer dans nos cours et nos vies pour nous apporter le bonheur, oui, le message du chrétien est toujours celui ci. Le pape l’a rappelé avec un plaisir immense et visible devant une foule estimée à plus de 100 000 personnes, peut être le double, que les lectures de la messe semblaient désigner (et particulièrement Apocalypse 7 : 2-4, 9-14)

On a beaucoup glosé ces derniers temps au sujet du péché de l’Eglise, lui accordant une attention exorbitée (Compte tenu de son énormité, c’est compréhensible, mais cela ne saurait servir à définir l’Eglise).
Le peuple portugais a apporté une réponse pleine de zèle et d’amour au petit homme frêle venu de Rome, montrant que pas plus qu’il n’était dupe des tentatives de récupération opportunistes, il n’était frappé d’amnésie. Le Portugal s’est déclaré hier catholique à la face du monde, c’est son honneur et c’est notre bonheur.

samedi 8 mai 2010

Voir l’Alentejo en fleurs

Alentejo en fleurs id=
J+M

Voir l’Alentejo en fleurs c’est, devant cette profusion, un vertige. Tant de fragilité accumulée parle curieusement d'une force, et porte les traces d’une création fraîchement accomplie, peut être encore en train d’avancer.
Couleurs, parfums, cette émotion mystérieuse où les sensations se fondent et se rejoignent, quand les tons deviennent sucrés, parfumés ou encore amers. Tant d’harmonie appelle dans l’âme des échos qui vibrent comme en spirale, s’entraînant et se répondant.
Tout d’abord on se surprend à penser à la terre, nue au petit jour, au matin couverte d’un court duvet vert, et à midi exultant des couleurs de l’arc en ciel. Le travail effectué par les rosées et les lunaisons a pu aboutir à cette folle perfection, hélas éphémère. Mais déjà sous la sève sourd la cosse, la graine, la récolte, et cachée au milieu des feuilles, l’automne brune est contiguë d’un dépouillement qui sera revêtu de gris.
Les pensées de plénitude alternent avec celles qui évoquent la fin et dessinent la geste immense, toujours recommencée du combat spirituel.

Voir l’Alentejo en fleurs c’est aussi s’incliner en esprit devant la parole du Seigneur qui annonçait jadis cette brève munificence :
Si Dieu revêt ainsi l'herbe des champs, qui existe aujourd'hui et qui demain sera jetée au four, ne vous vêtira-t-il pas à plus forte raison, gens de peu de foi ? (Mat 6: 30)

La prairie évoquera donc la Providence. Car, même si nous sommes en toute rigueur semblables à cette herbe
L'homme! ses jours sont comme l'herbe, Il fleurit comme la fleur des champs.(Psaume 103 :15) Dieu se plaît à nous revêtir depuis les origines, depuis qu’Adam et Eve avaient maladroitement caché leur honte sous des feuilles de figuier.
La miséricorde, toujours à l’œuvre leur avait donnés des peaux de bêtes, bien plus douces au toucher.

Voir l’Alentejo en fleurs c’est donc aussi voir une providence bienveillante, qui croit en l’homme et l'invite pour la fête après avoir posé les termes de l' improbable équation qui change un néant en un "moi" capable de dialoguer avec Dieu.

jeudi 22 avril 2010

Eyjafjöll

Si eux se taisent, les pierres crieront
J+M


Le nuage de cendres du volcan islandais nous donne une superbe leçon. Pourrons-nous l’ apprécier pleinement ?

Souvenons-nous, les émissions de cendre ont provoqué un chaos sans précédent dans le ciel européen.
Les réacteurs des avions sont vulnérables aux poussières volcaniques, susceptibles de les éteindre. Le risque d’accident est trop élevé pour que les compagnies aériennes puisent le courir. L’éruption inattendue de ce volcan a donc cloué au sol des milliers d’avions, des centaines de milliers de passagers et les dégâts ont été estimés en millions d’euros, et pourtant la valeur de la cendre est pratiquement nulle. Le contraste est immense entre les pertes et ce qui les a causées.
Autre contraste saisissant, l’abîme qui sépare les causes des effets. Rien de plus fin et de moins palpable que la cendre, légère, presque immatérielle. Or elle est capable de stopper net l’essor d’un engin pesant des centaines de tonnes et dont la poussée souvent défie l’entendement.
Au plan spirituel il y a plusieurs analogies à découvrir au milieu des nuées qu’éructe l’Eyjafjöll.

Si eux se taisent, les pierres crieront (Luc 19 : 40).

Ici ce ne sont pas seulement les pierres, mais des torrents de lave qui crient, car nous, humains, nous avons à voler aussi, les yeux vers l’En haut, le Ciel est notre patrie, et ce qui empêche notre essor, comparé à l’éternité n’est que poussière et cendre. Tout ce que nous convoitons est-il vraiment autre chose ? Qu’en restera-t-il dans 10 ans ? Dans 30 ans ? Dans 50 ans ?
Est-ce que cela vaut la peine de perdre sa destinée éternelle pour de l’argent, pour un arpent de terre, pour une maison, pour un emploi, pour une vengeance ? La réponse est, bien sûr, dans la question. Mais pourtant combien d’ Eyjafjöll dans nos cœurs jettent des quantités astronomiques de cendres dans notre espace aérien intime, ce qui nous empêche de décoller et provoque des pertes bien plus cruelles que celles des compagnies aériennes, qui nous semblent plutôt théoriques et ne nous font pas souffrir ? Car ce que nous perdons à cause de ces cendres là c’est notre belle liberté des enfants de Dieu, c’est notre appartenance au Royaume.
Autre analogie, parce que je n’ai pas décidé de faire dans la subtilité ce soir : on se console d’une grande perte si elle est due à une catastrophe naturelle d’envergure, car il apparaît que d’emblée il était impossible de résister, que la cause était perdue d’avance. Mais quand il s’agit de cendre, d’un peu de cendre qu’il suffit de secouer ou d’épousseter, la perte n’en est que plus irritante.
Or combien de grisailles, de manques d’enthousiasmes menus, de tristesses, grain à grain, tombent et transforment les jardins que sont nos cœurs en champs de ruine ? Cette poussière menue qui s’entasse est insignifiante, comme nos peccadilles, nos restrictions, nos petites lâchetés ordinaires. Mais en s’accumulant elle fait tomber les avions.
Il en va de même dans nos vies. Le bel essor de la grâce se retrouve empêtré dans des considérations tristes, on ne peut plus, puis on ne veut plus penser à l’essentiel, et de prières bâclées en messes ratées, on finit par ne plus prier, ne plus croire, ne plus espérer. C’est la terrible acédie, ou dégoût des choses d’En Haut pour le dire simplement, qui s’installe dans notre âme, cette atroce paresse spirituelle qui finit par nous faire périr de froid.

Heureusement le volcan islandais est également porteur d’images extraordinairement positives au plan figuré.
Sa chaleur fait fondre les glaces et des colonnes de vapeur d’eau montent vers les cieux. C’etait hier encore des surfaces gelées et pétrifiées depuis de lustres, elles volent à présent dans la stratosphère. Mieux, elle deviendront pluie, laquelle précipitera à son tour les cendres qui obstruent le ciel, le lavera, permettra l’envol de nouveaux avions et fertilisera même de nombreuses prairies. Ainsi le mal sera dépassé, un grand bien en pourra même sortir.

C’est encore une image providentielle, celle de l’œuvre infatigable de Dieu. Il ne se lasse pas de nous appeler, de nous vivifier, de nous proposer son feu pour nous sortir de nos enkystements et nous restituer l’espérance du Royaume. Son amour est plus encore plus brûlant que la lave ! Et si on le laisse faire, même nos péchés et nos tristesses peuvent être recyclés pour alimenter reconnaissance et joie de vivre. Comme quoi on peut être au dessus du volcan … et danser encore de joie.

samedi 17 avril 2010

Un saint de 24 ans à peine




La jeunesse et la sainteté se sont rencontrées dans la figure d’un jeune espagnol, Bernardo Hoyos qui sera porté sur les autels demain dimanche 18 avril à Valladolid en Espagne, dans une grande liesse populaire et ecclésiale.


Ce jeune homme du XVIIIº siècle (1711-1735) nous est, par bien des aspects familier. Nous nous alimentons du même pain et des mêmes sacrements que lui, nous somme ses compagnons au sens propre car ni le temps ni la distance ne peuvent faire obstacle à cette proximité des saints qui entrent dans la grande famille de Dieu, dont nous sommes membres, non pas pour siéger de façon hiératique dans un quelconque Olympe congelé, mais bien pour nous aider au quotidien dans notre propre recherche de la Gloire de Dieu.

Or la Gloire de Dieu, c’est un homme debout affirmait avec audace Saint Irénée à l’aube de l’Eglise. En voici avec Bernardo de Hoyos un exemple rafraîchissent pour notre époque qui a “tout vu” et “tout compris” … mais qui n’est pas tendre pour ceux qui essaient d’avancer debout dans la lumière du Christ.
Voilà un jeune homme qui cherche Dieu et qui le trouve. Sa quête le conduit au sacerdoce. Dans la compagnie de Jésus où tout est orienté vers la contemplation et l’action. Mais sa soif le conduit à désirer plus encore, cette soif que rien n’étanche si ce n’est Dieu. C’est dans le Cœur de Jésus que Bernardo trouvera la source et son centre, pour devenir cet homme debout, adorant et rendant grâce que l’Eglise va célébrer demain.
Le Cœur de Jésus s’est révélé avec force à Paray le Monial, mais son culte n’était pas connu en Espagne. Bernardo en devint l’apôtre zélé dans son pays. A son exemple il est extraordinairement réconfortant de cheminer en méditant cette réalité toujours étonnante : Dieu est une personne que son Cœur caractérise. Cœur à envisager comme un emblème, un symbole, un lieu mystique si l’on veut, un espace où l’homme à sa place, mieux, un lieu où, s’il s’en approche, l’homme découvre sa vraie nature, debout, et non ployé sous le fardeau des péchés, des soucis, des illusions et des ambitions.
Le raccourci le plus efficace pour trouver ce lieu est de se rendre dans son propre cœur, là où Dieu veut faire sa demeure et résider, car Dieu se trouve dans le cœur à cœur.
Il faut s’y rendre en affamé, car depuis la prière d’action de grâce de Marie nous ne pouvons plus ignorer qu’il comble de biens les affamés et renvoie les riches les mains vides (Lc, 1 : 53)
C’est sur cette base extraordinairement simple et solide que ce jeune espagnol a reçu une sainteté fulgurante, achevée pour lui à l’âge ou tant d’autres n’ont même pas songé à la désirer. Et pourtant il est profondément imitable. Il n’a pas fondé dans l’austérité un ordre religieux héroïque, il n’a pas marché sur les eaux comme saint Pierre avec Jésus, il n’a pas atteint le Ciel à la force su poignet comme les extravagants stylites des débuts du christianisme. Non, il s’est contenté d’être lui même tel qu’il avait été trouvé par Dieu, et il s’est abandonné sans réserves ni restrictions, ne comptant pas sur ses propres forces mais bien sur celles de Jésus.
Sans forcer dans ses derniers retranchement l’interprétation, il me semble que son nom était porteur d’un projet providentiel. Bernardo, reçu en honneur du fondateur de Clairvaux, le place sous la protection de St Bernard, contemplatif et constructeur. Bernardo a par ailleurs retrouvé le sens mystique de son patronyme très répandu Hoyos, qui signifie fosse (au pluriel) en contemplant l’image de l’immensité de l’amour de Dieu. Hoyos c’est aussi le trou, où on ensevelit un corps dans l’attente de la résurrection, et peut signifier aussi les trous qui ont été percé dans les membres du Sauveur, et dans lesquels notre humanité blessée trouvera refuge et guérison.
Modèle proposé aux jeunes ayant faim et soif d’idéal, Bernardo intercède avec tous les saints qui comme l’apôtre Jean, ont été invités à se pencher sur le sein de Dieu, ils en ont perçu les palpitations d’amour et ont découvert qu’il était le Rocher d’où jaillissait la source de l’eau vive, eau de la joie et de la vie éternelle. Il nous indique un chemin que sa prière et sa protection nous aideront à emprunter, pour qu’à notre tour coulent de notre sein des fleuves à partager solidairement avec toutes les soifs du monde (Jean, 7 :38).

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Les armes du combat :

Celui qui croit en moi, des fleuves d'eau vive couleront de son sein, comme dit l'Ecriture.
Jean 7 :38

Depuis lors je suis plongé et immergé dans ce Divin Cœur , que je mange, que je boive, que je parle ou que j’étudie, partout il me semble que mon âme ne perçoit rien d’autre que le Cœur de son Aimé, et lorsque je me trouve face au Seigneur au Saint Sacrement, qui est le lieu depuis lequel se déversent les flots de ses délicieuses faveurs, dans la mesure où ce culte considère le Cœur de Jésus au Saint Sacrement comme son but, c’est là que ma dévotion atteint pleinement l’objet de ses désirs amoureux.
Bx Bernardo de Hoyos

"Desde este punto he andado absorto, y anegado en este Divino Corazón; al comer, al dormir, al hablar, al estudiar y en todas partes no parece palpa mi alma otra cosa que el Corazón de su amado, y cuando estoy delante del Señor Sacramentado, aquí es donde se desatan los raudales de sus deliciosísimos favores, y como este culto mira al Corazón Sacramentado, como a su objeto, aquí logra de lleno sus ansias amorosas”.
Beato Bernardo de Hoyos


Liens :

http://www.padrehoyos.org

mardi 13 avril 2010

Jeu : ma sixième image.



C'est un jeu, un signe d'appartenance à une communauté, car j'appartiens au club très exquis des lecteurs de Michelaise, ma grande amie de Meschers, rédactrice assidue de blogs de qualité, et qui m'est sans doute pas étrangère à ma vocation de blogeur par d'émulation. Ce jeu consiste d'après ce que j'en ai compris, à proposer un thème au cercle de ses complices, et à les inviter à le réaliser dans les blogs en connivence. Le thème ce jour par Michelaise est la 6ème photo, me voilà donc parti à l'assaut de mes archives, pour y redécouvrir cette photo prise en juin au Monastère des Capuchos (capucins) de Colares près de Sintra. Il s'agit d'une fresque du XVIIIème je crois, de petite taille, passablement bien conservée malgré les outrages du temps, qui représente un Saint François en attitude de prière et de « grande humilité ». Ses mains portent des stigmates bien nets.
Elle fait partie des richesses d’un monastère marqué par la pauvreté, aux cellules étrangement petites, niché en plein bois de chêne liège dans un cadre sauvage mais austère, comme il sied. Cette image parle de l’espérance du Ciel et d’un monde où la sainteté s’affiche sur les murs, monde prétérit dont toute âme bien née a la nostalgie. Elle représente un compagnon au sens propre, celui qui a partagé le pain eucharistique avec ses frères. Saint François emprunte la même route qu’eux et leur est plus actuel que leurs contemporains. Habitant l’éternité, le chrétien a le privilège d´être déjà dans la communauté qui échappe aux lourdeurs de la vie terrestre et à ses chronologies, un monde où l’histoire humaine est un épisode de l’histoire de Dieu.

La sixième photo d’un blog renvoie quelque part au sixième jour, jour de la création de l’homme dans la relation poétique et inspirée qu’en fait laBible dans le grand livre des origines Genèse, où il est écrit qu’il n’est pas bon que l’homme soit seul. (Gen 2 :18)


Toutes nos communautés de vie, de couple, d’église et de même de blog sont des conséquences de cette affirmation d’où naquirent, pour notre bonheur, l’amour, la solidarité, le partage et l’amitié. Merci Michelaise pour cette riche idée de la 6ème photo.


mercredi 7 avril 2010

Recycler la vie –suite-

Ma grand mère tricotait de petites œuvres d’ar

J+M

Ma grand mère tricotait de petites œuvres d’art de ficelle et de cordes diverses qui sous ses mains habiles devenaient des tapis, des abat jours, ou encore des gilets. Je retiens avec bonheur le souvenir de ses doigts qui unissaient des fils de couleurs ou de matières différentes et faisaient ainsi chatoyer des mailles que cet alliage embellissait de singulière façon. Cette image m’aide à me représenter un projet, qui est d’unir sa vie de « sac et de corde » au fil d’or que donne Dieu. Les mailles en seront assurément plus solides, et qui sait ? peut être aussi plus belles.
Pour cela il suffit de trouver Dieu en toutes choses, les yeux toujours fixés sur lui. C’est une affaire de plus en plus simple car il est vraiment partout, agissant partout. Et de plus en plus compliquée : cette recherche subtile bute sur des tas d’épaisseurs, à commencer par la nôtre.
Mais avec ou sans Lui, la vie passe, de la même façon. On entend la voix du maître da l’Evangile affirmer que le soleil brille sur les bons comme sur les méchants (Mt, 5 :45), et le soleil est aussi une course, une unité de temps. Ce temps qui passe s’écoule et peut se perdre ou bien être amassé tel un trésor. Or c’est ce trésor paradoxal de minutes minuscules qui semble désirable … car le temps est limité.

Tisser la vie de menues prières pour rechercher avec obstination ce souffle béni de la philocalie,
revient à implorer le don de l’élan hypostatique ou recherche de l’union de la nature humaine à celle de Dieu.

Certes cela ne se produira pas tout seul, sans efforts, mais il est écrit « frappez et on vous ouvrira ». Tout en tissant les minutes creuses avec le fil précieux de la certitude que Dieu viendra au secours de la pauvreté du cœur qui l’implore, je frappe à la porte en répétant selon les antiques et toujours nouvelles paroles liturgiques : Dieu, viens à notre aide.(Ps 70 :12)

Mêler les signes visibles et concrets de cet attachement à la routine quotidienne peut aider. Commencer son travail en priant revient à inviter Dieu dans des retranchements considérés à tort comme ne relevant pas de Lui.
Qu’importe si les crucifix et autres symboles sont à présent bannis des édifices publics s’ils sont inscrits dans les cœurs ? C’est là que leur force opère en réalité.
iA Lisbonne nous avons le privilège de vivre à l’ombre d’un Christ A Lisbonne nous avons le privilège de vivre en présence d'une statue du Christ de dimension imposante. A son ombre sont bénis la vie, le travail et le repos de ceux qui le cherchent, comme dit la liturgie, «avec droiture».
Il est bon d’enchevêtrer sa vie avec le fil ténu des ave maria qui portent encore quelque chose du souffle angélique qui les prononça pour la première fois à l’Annonciation, et du Oui de Marie qui y répondit, nous donnant d’habiter pour toujours une terre sur laquelle Dieu a marché. Ma grand mère le faisait en habillant de ficelle ses créations, sa grand mère le faisait aussi, et j’espère que mes petits enfants en feront de même.
J’aime aussi trouver sur mon bureau images pieuses et rosaires à côté des jeux laissés par les enfants et des revues, j’aime que ces objets parfois porteurs d’une dose de kitch à l’épreuve des balles soient dans ma vie et ma maison.
images pieuses et rosaires à côté des jeux laissés par les enfants
C’est pourquoi j’aime l’idée de recycler ses minutes. C’est peut être ce qui explique mon insistance sur le fait de recycler la vie, expression qui n’est ni juste ni heureuse mais ouvre des perspectives.
On recycle l’eau faute de la créer, ou de la conserver vive et fraîche indéfiniment. Et l’eau qui s’écoule ressemble tant à la vie, tour à tour limpide ou souillée, et si vite évaporée ! Pour trouver un sens à cette course folle des années et des mois … rien de tel que de se mettre sous le regard de Dieu, de chercher sa présence sans cesse. Recycler ses minutes et ses heures d’aujourd’hui c’est aussi en déposer un bout au Ciel, dans le royaume. Et l’idée du Ciel est si douce, qui aide à aspirer paisiblement aux choses d’en Haut (Col, 3 :1) tout en vivant pleinement celles d’en bas. Pourra-t-on encore le faire demain ?


mardi 6 avril 2010

Recycler la vie

Son regard purifie, recycle si j'ose dire et reconstitue l'être qui se tourne vers lui id=
J+M

Avec douceur, avec obstination, avec cet entêtement des choses lentes et sûres, comme une eau qui ruisselle pour perforer un monolithe, mettre non pas des prières dans la vie, mais la vie dans une prière.
La vie avec ce qu’elle a de grand et de saint, -mais aussi ce qu’elle a de menu et de triste, de souillé, de renfermé- aspire à devenir dialogue intime, colloque amoureux, confiant, abandonné avec ce Dieu qui comprend tout. Son regard purifie, recycle si j'ose dire et reconstitue l'être qui se tourne vers lui. La prière devient dialogue capable d'embellir la totalité de la vie.
La respiration, cet aller retour des poumons, retrouve ce souffle qui vient du baiser originel donné à l’homme par son Dieu alors qu'il n’était encore qu'un projet fait de glaise et boue.
S’alimenter, prendre trois repas par jour venus de la terre et se souvenir que les fruits et les mains qui les préparent sont les dons de celui qui a tout tiré du néant par sa parole.
Travailler pour semer du partage et de la solidarité afin que les épines des relations sociales fleurissent, et que le monde lentement puisse devenir plus juste.
Se reposer pour entrer dans un shabbat, ce jour que Dieu a béni ... Tout est prière.

Sur l’autel antique des hébreux on sacrifiait jadis taureaux et boucs. On peut à présent sur l’autel de son cœur présenter les colères, les indignations, les espoirs déçus, les rages de notre vie.
La fumée de ce sacrifice intime monte vers Dieu qui l’agrée.
Les laideurs et les lâchetés aussi portent leur dose de prière puisqu’il n’y a rien d’humain qui soit étranger à un Dieu qui a pris à bras le corps la condition humaine (comme il a pris sa croix à bras le corps) pour assumer tous les péchés jamais commis.

Je prie aussi en disant la longue somme de mes limites. Mes tristesses, mes erreurs et mes trahisons, Dieu les a oubliées. Mieux, il les a utilisées pour faire de moi celui qui veut le prier sans crainte aujourd'hui.

Que la vie tout entière puisse devenir élan vers Dieu, aspiration de l’âme vers l’En Haut, vers le trône de la Grâce ... Que l’ensemble des jours devienne un cantique humble et pourtant immense … serait-ce possible ?

Je suppose, j’ose à peine espérer que ce désir qui frappe d’insistante façon à la porte du cœur y est déposé par Celui là même qui l’exaucera.

samedi 20 mars 2010

Pour qu'il siège parmi les princes

Saint Joseph
J+M

De la poussière il relève le faible,
il retire le pauvre de la cendre
pour qu'il siège parmi les princes (Ps 112 : 7)


Le carême est cette période privilégiée où nous pouvons, par la médiation, la prière, l’aumône, secouer la poussière qui nous colle à l’âme avec l’aide de Dieu. Nous y sommes tombés tous solidairement avec Adam, qui était argile animée par le Souffle de Dieu, et par sa chute a vu le pourcentage de poussière de son être croître dans des proportions alarmantes. Mais aussitôt que l’homme tomba, Dieu lui fit la promesse de son relèvement.
Le psaume 112 célèbre cette promesse et donne des détails passionnants, à lire sur plusieurs niveaux, polyphonie harmonieuse et paisible où s’entendent les voix de la terre, du Ciel, et du dessein de Dieu.

Le premier sens est littéral : l’homme est le faible par excellence, celui qui , mû par la force de la gravité, est toujours est attiré par le bas, la poussière, la terre d’où il fut tiré. Dieu, inlassablement, l’aime, ce qui lui permet, s’il en a le souhait, de se relever. A nouveau debout il peut retrouver la position de prière, les bras tendus vers le Ciel qui sera, il le sait malgré ses débilités, sa patrie pour toujours. C’est là qu’il siègera parmi les princes, les « premiers » au sens strict, c’est à dire les anges, créés avant l’homme, et surtout avec la Prince de paix, le Roi des Rois, Jésus Christ Notre Seigneur.

Dans une perspective mystique on trouvera encore bien des beautés - sources d’émerveillement -dans ces versets.
En ces jours de mars, on se souvient de Joseph, charpentier de Nazareth, que l’Evangile mentionne comme un descendant de David en Mat 1 : 16 : Jacob engendra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qui est appelé Christ.
Joseph et Marie, de la lignée de David, le roi-prophète étaient des princes. Leur compagnie est quotidienne pour le croyant par la prière et la contemplation. Marie nous donne accès à Jésus autant de fois que nous le lui demandons, elle nous Le donne en nous disant comme à Cana « Faites tout ce qu’Il vous dira » (Jean 2, 5). Ainsi, sans mystères ni miracles tonitruants, nous nous retrouvons dans le Royaume dès cette vie, siégeant au milieu des princes, redevenus princes nous mêmes après avoir retrouvé notre noblesse, nous qui sommes fils de Dieu et non pas du Néant, de l’évolution absurde et aveugle ou du hasard.

On trouvera encore dans la voix liturgique des résonances de ces versets : de la poussière de son péché, triste flamme bien vite éteinte qui ne laisse que cendre et mort, l’homme est relevé par la main bienveillante de Dieu et sa propre volonté qui sait que Dieu n’est que pardon, pour être placé dans la compagnie des princes. Ce miracle intervient pour le chrétien autant de fois qu’il assiste à l’eucharistie. C'est le lieu où sa condition finie devient infinie en Dieu qui l’admet à son sacrifice en présence de la Cour céleste. Toute entière émerveillée, elle assiste à ce don capable de redire au Père dans les mêmes termes l’offrande totale du Fils à la Croix.

samedi 13 mars 2010

Cette huile fait de nous des princes

L'onction de Saul
J+M

Le fait est là, humble et inexplicable. La presse
le rapporte abondamment: d’une icône représentant la Vierge Marie suinte de l’huile à Garge-lès Gonesses en région parisienne. Les commentaires des lecteurs visibles sur les éditions en ligne des journaux expriment dans leur grande majorité incrédulité et sarcasme, ils constituent une manifestation épidémique plus qu’épidermique, un prétexte à l’expression de la sévère christianophobie de cette époque.
Ce qui est frappant dans ce concert c’est l’incompréhension. L’idée même qu’une icône puisse représenter- et encore plus émettre- quoi que ce soit indigne ces contempteurs, qui saisissent l’occasion pour manifester avec une mâle assurance leurs certitudes inexpugnables. Quand celle ci fait défaut, c’est l’insulte, la comparaison scatologique, la provocation gratuite. Encore une occasion de perdue pour eux de se remettre en cause et de faire preuve de cet esprit critique qu’ils recommandent furieusement aux autres.
Pourtant, il y a beaucoup à apprendre de cette petite icône de papier collée sur du bois, pour peu que l’on soit capable une certaine curiosité et non pas agité de convictions antichrétiennes pavloviennes.
Avant tout, il est bon de garder à l’esprit ce que représente l’icône. Hergé par la voix de son capitaine Haddock, au verbe haut a jadis remis en selle le mot iconoclaste et c’est heureux car ce terme bariolé est riche d’enseignement.
Iconoclaste
Les iconoclastes s’opposaient pour des raisons scripturaires à la représentation du Christ et des saints. Ils furent déboutés lors du second concile de Nicée en l’an 787 au motif que si le Christ s’est incarné, il est possible de représenter physiquement le Fils de Dieu, et de peindre les saints. Les ennemis des icônes n’ont malgré tout jamais cessé leurs offensives contre ces images vénérées en leur qualité de fenêtres ouvertes sur l’Invisible. Le culte qui est rendu ne s’adresse pas à elles (ce ne sont pas des idoles) mais à la Personne céleste qu’elles représentent. Leur fonction est essentiellement liturgique.
A ce titre, de pieuses traditions rapportent de tout temps que des icônes ont servi à la transmission de messages aux fidèles.
Ces messages sont essentiellement d’ordre symbolique, car s’ils peuvent avoir une vocation locale leur portée est universelle.
Les larmes, les parfums, les baumes, et même le sang comme à Syracuse où une image de la Vierge pleure régulièrement sont des symboles universels dont la compréhension est immédiate. On pourrait écrire des volumes entiers sur ces manifestations, mais est-ce bien nécessaire ? Le peuple de Dieu ne s’y trompe pas, comme le montre sa réponse fervente. Seul les ignorants et les audacieux se contentent de nier sans examen, pétris de certitudes et mus par le même esprit de dérision qui accable les miracles de Lourdes par exemple d’un mépris souverain.
Mais personnellement cette huile qui suinte dans une famille chrétienne de la banlieue parisienne me réjouit, et j’y vois dans le vacarmes assourdissant des catastrophes et des crises dont l’actualité est si friande une des rares bonnes nouvelles qui mérite d’être rapportée et commentée, un peu comme une fleur délicate qui aurait poussé entre les pavés gris dont notre quotidien (et l’enfer peut être au bout du compte) sont pavés.
C’est pourquoi, dans le but annoncé de ce blog qui est de prier, de respirer et de vivre, je ne me priverai pas du bonheur de respirer cet effluve peut-être venu du ciel, d’en rechercher le sens et les vertus, et d’inviter mes lecteurs à un pèlerinage du côté de l’Eden, lieu de la rencontre avec Dieu qui est si près, si proche que le voile qui nous en sépare devint de plus en plus ténu.
Une promenade rapide dans le jardin biblique nous montre diverses valeurs attribuées à l’huile, toutes bonnes à prendre. Je n’en retiendrai que douze, car ce chiffre est lui aussi symbolique, et je crois fermement que l’huile est plus que jamais nécessaire à cette époque marquée par l’ivresse de la déconstruction mais surtout meurtrie et laissée au bord de la route par toutes sortes de vendeurs d’idéologies plutôt frelatées.
Ne sommes nous pas grâce à tous ces libérateurs des avatars de cet homme dépouillé par les bandits qui descendait de Jérusalem à Jéricho, et qui avait pour guérir besoin de l’huile et du vin que seul le Bon Samaritain – Le Christ lui même, bien sûr- pouvait appliquer sur ses plaies.
Car qu’est ce que l’huile, si ce n’est l’élément essentiel pour la confection du baume ?
Le Baume le plus précieux est celui du Salut qui a été versé par le Sauveur au Jardin des Oliviers. La simple mention des Oliviers renvoie à la valeur symbolique de cet arbre dont s’écoule cette huile de joie destinée à rayonner sur le front des rachetés du Seigneur, comme l’annonce le Psaume 23. Toute la Bible converge vers cette Bonne et Unique Nouvelle : Dieu nous crée et nous sauve en permanence. Qu’elle soit préfigurée dans l’Ancien Testament ou accomplie dans le Nouveau, cette nouvelle en informe chacune des page.

Et ce baume est annoncé dès les origines, figuré de façon très spéciale par la Vie Fraternelle qui indique la paix et l’harmonie du paradis.

Oh! qu'il est agréable, qu'il est doux pour des frères de demeurer ensemble!
C'est comme l'huile précieuse qui, répandue sur la tête,
Descend sur la barbe, sur la barbe d'Aaron,
Qui descend sur le bord de ses vêtements.

Le Psaume 133 (Cantique des montées) donne une image exubérante et conviviale de cette joie en l’associant à l’huile qui dégouline sur la barbe d’Aaron, le frère de Moïse qui accompagna l’exode des hébreux. A ce titre elle est sacerdotale et signe de cohésion. Cette onction unit dans la joie une communauté autour de son prêtre pendant un long voyage initiatique comparable à la vie même, quelle belle image de l’Eglise préfigurée dans cette famille réunie pour un pèlerinage sous l’autorité d’un chef qui conduit dans la joie les exilés vers leur patrie future ! Le besoin de ce baume se fait chaque jour sentir de façon plus poignante. Une goutte symbolique surgit dans une famille chrétienne près de Paris ? Merci Marie ! C’est précisément ce dont nous avions besoin ! Le résultat , rapporté par une presse hostile mais médusée est que des chrétiens de toute confession accourent ensemble à Garge-lès Gonesse, sans parler de ceux qui ne croient pas et de ceux qui n’ont pas de religion. Tous repartent émerveillés. Cette huile est pour eux, et donc aussi pour nous, signe du Royaume.
Royaume qui s’instaure aussitôt que le Culte de louange et de reconnaissance est établi dans le sanctuaire des cœurs. On en voit l’image dans les nombreuses mention de l’huile cultuelle rapportées par la Bible. Ainsi....

"le chandelier d'or pur, …. les lampes préparées, tous ses ustensiles, et l'huile pour le chandelier" (Exode 39-37)
Dans les livres de l’Exode et du Lévitique une double valence est accordée à l’huile : culte et bénédiction.
Le Culte à rendre à Dieu est représenté par les chandeliers d’or qui seront garnis d’huile consacrée. Cette prescription engage de son côté Dieu qui la rétribue en bénédictions pour son peuple. Cette huile qui sert à éclairer le sanctuaire apparaît comme la diffraction de la sainte présence de Dieu, la Sherina, ce qui l’ennoblit et la divinise. Or c’est exactement ce à quoi nous sommes nous même appelés. Nous sommes, par l’effet du Salut accordé par le Sauveur, devenus nous-mêmes Temples, (1Co 6 :19) et cette huile est le Saint-Esprit lui même qui nous arrache à notre condition de pécheurs et nous divinise. C’est Lui en effet qui nous fait passer des ténèbres du péché à son admirable Lumière.

La Lampe des vierges sages
On retrouve encore de l’huile dans la parabole bien connue des vierges folles vs les vierges sages. On sait que le vierges sages ont veillé pour attendre l’Epoux, le Bien Aimé, celui qui doit, in fine, épouser splendidement et pour l’éternité nos âmes. C’est l’huile qu’elles ont accumulée dans leur lampe qui les distingue des étourdies, vierges follettes qui n’ont pas su trouver ce précieux combustible dans lequel on a vu le signe des vertus, du baptême, ou encore des œuvres de foi. Personnellement je préfère, suivant en cela la spiritualité de nos frères orthodoxes, y voir une représentation de l’effusion du Saint-Esprit. S’il est nécessaire pour le salut que le doux hôte de nos âmes –souvenons-nous que la liturgie appelle « onction céleste le Saint-Esprit » - remplisse lui même notre lampe, on comprend mieux l’urgence de la manifestation de Marie, qui symboliquement implore pour nous cette chrismation.

Et bien sûr la contemplation du mystère du mariage mystique des âmes avec leur Dieu convoque aussitôt dans le cœur du croyant le texte sponsal par antonomase, celui du Cantique, qui s’ouvre sur une déclaration sans équivoque : « Ton nom, une huile parfumée qui se répand (Ct, 1 : 3)».
Oui, notre secours est dans le nom du Seigneur, ce Nom au dessus de tout Nom, que nous avons plus que jamais, en cette époque guettée par la déchristianisation, besoin de proclamer, d’invoquer et de chérir.

L’huile, comme c’est le cas à Garges-lès-Gonesse provoque parfois d’extraordinaires surprises. Comme Saul, parti chercher ses ânesses qui s’étaient échappées reçut l’onction du prophète pour … régner sur Israël, combien partent vaquer à des soucis pas toujours essentiels avant de recevoir de Dieu un signe merveilleux et inattendu qui les instaure ou les restaure dans leur dimension de fils, de prêtres, de prophètes et de … rois ?
Samuel prit une fiole d'huile, qu'il répandit sur la tête de Saül. Il lui donna un baiser, et dit: l'Eternel ne t'a-t-il pas oint pour que tu sois le chef de son héritage ?

Car il y a une dimension sacrée et royale dans l’onction chrismale, et même si c’est de confuse façon, tout cœur y aspire. La nostalgie du Royaume est en effet profondément inscrite dans nos gènes spirituels. Créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et capable de Dieu, il arrive à l’homme de se souvenir de cette lignée et de dire, comme l’enfant prodigue, « oui, je me lèverai , et j’irai vers mon Père »

Depuis Sarepta, on sait que cette huile est inépuisable, aussi inépuisable que nos besoins. (1Rois 17 , 8-15)

Elie a trouvé aux confins de Tyr et de Sidon une veuve assez généreuse malgré son dénuement pour partager avec lui ce qu’il lui restait de provisions (de l'huile et de la farine) avant de mourir de faim.
Cette veuve, claire image d’une humanité dépouillée de ses richesses par la convoitise et le manque de solidarité, s’apprête à mourir quand survient l’homme de Dieu. De cette rencontre, de la foi qui jaillit naît la vie, et la vie en abondance : non seulement elle ne mourut pas, mais elle put manger avec son fils et le prophète pendant un an du contenu de ses cruches devenues cornes d’abondance. Quel programme pour une époque où, dépouillés de notre dignité d’enfants de Dieu, roués de coups et meurtris par tant de pseudo libérateurs ou, pire encore, par un relativisme desséchant, nous sommes prêts à mourir de froid et de tristesse loin de notre héritage !
L’huile devenue abondante sauve clairement cette habitante de Sarepta. Son fils qui retrouve la vie marque la pérennité de la bénédiction reçue.
Aujourd’hui, cette même huile sourd d’une icône de la Vierge Marie, elle a pour vocation de nous arracher à la mort spirituelle clamée, martelée haineusement par les voix des prétendues "lumières" mais en aucun cas inéluctable. La faim, la soif, la solitude - terribles miroirs que nous tend l’ennemi pour nous arracher à la paix de l’âme et à la prière - sont définitivement anéanties par la rencontre avec l’Eglise (le saint homme de Dieu) et avec la foi dans une démarche de partage et d’abandon.

Il reste encore une huile suprême à évoquer dans ce très rapide inventaire, simple effleurement de la richesse biblique, c’est celle qui fait du Seigneur Jésus le Christ, l’Oint du Très haut. L’onction reçue par Saul, puis par David et tant d’autres princes n’est qu’une préfiguration de celle, définitive, que reçut l’Envoyé de Dieu en accomplissement de la promesse de relever l’humanité captive du péché. Le mot Christ, devenu si commun, si dévirtualisé à force d’être prononcé pas toujours avec respect, ne signifie pas autre chose. Le Christ est l’Oint, celui qui a reçu l’Onction définitive, celle qui sera communiquée à ceux qui croiront en Lui. Car l’Huile par nature se répand, se donne, s’écoule, elle n’a pas vocation à être stockée ni arrêtée dans sa course. Il en va ainsi de tous les privilèges que nous regardons parfois avec suspicion, en dignes héritiers d’un Adam devenu méfiant et calculateur à l’instigation du serpent dans le Jardin du Paradis.
Non, Dieu ne s’est pas réservé l’exclusivité du Bien et du Beau. L’acte même de la Création est une volonté de se donner et de rencontrer la créature sur son terrain, par l’amour, afin de la combler.
Non, Dieu ne se réserve pas le meilleur pour priver ses enfants de la connaissance ou de la liberté. Il a créé et mis dans nos cœurs ce à quoi nous aspirons. La Croix est la réponse définitive d’un Dieu attentif, qui se donne Lui Même en complète solidarité avec les plus faibles, les plus malades, les plus méprisés et avilis. Venu marcher sur notre terre, il a pris la place la plus humble, la plus méprisée, la plus rebutante. Qui irait de gaieté de cœur naître dans une étable un soir d’hiver au milieu des excréments d’animaux ? Qui accepterait de se laisser percer les mains et les pieds et de mourir sous la torture pour racheter au prix de toutes ses larmes et de tout son sang l’humanité enchaînée par l’ennemi de nos âmes ? Et ceci que pour ne parler que de son arrivée et de son départ !
Jésus le Christ, l’Oint du Seigneur s’est fait salut en acceptant d'être broyé, trituré même sur le moulin de la croix comme le sont les olives. Sa mort ignominieuse a fait de lui au plan symbolique l’huile inépuisable qui se communique et resplendit sur le front des rachetés, pour les introduire dans la vie fraternelle définitive, pour les combler en abondance, pour leur donner le nom qui sauve, pour en faire des princes. Marie sa mère, présente à la Crèche et à la Croix est intimement associée à cette œuvre de salut.
C’est elle qui a donné le jour à la Lumière, elle, la seule vierge sage, qui a rempli la lampe de l’humanité, qui a conçu le seul Culte parfait par son Fiat, écho respectueux et puissant du Fiat Lux des origines. C’est elle, mère attentive et généreuse, qui a reçu de Dieu l’huile qui redonne la vie à son fils (l’humanité) sur le point de mourir de faim. A Garge sur une icône, et partout dans le monde, elle ne cesse de la partager avec nous pour que nous soyons une communauté fraternelle en route pour l’éternité, pour que nous soyons rétablis dans notre vraie dimension de fils de Dieu.
Cette huile fait de nous des princes, laissons la couler sur nos cœurs.
A la place de tes pères se lèveront tes fils ; sur toute la terre tu feras d'eux des princes.
IconeGarge-lès-Gonesse

dimanche 28 février 2010

Où il est question d'oiseaux, de ciel bleu, de mer et d'un peu de sang


J+M


C’est l’histoire d’une société de Goélands qui a perdu la mer et vit sur un de ces dépotoirs qui sont le revers de la médaille des paradis urbains. Peuplés de rats et de porcs, de chiens errants et de toutes sortes de vermines, ils nourrissent aussi ces oiseaux là qui en sont apparemment fort aise.
Au début la transition entre l’Océan et l’immense tas d’ordures fut difficile pour les oiseaux. Certes il y avait abondance de protéines et autre rebuts recyclables, certes il y avait là des pitances inouïes et, disons-le tout net, savoureuses, que la mer jamais n’offrit à la gent pélagique (charognes, hamburgers Quik halal ou non, rondelles de mortadelle périmée, délicieuses carcasses en décomposition...). Le bec des oiseaux marins gardait cependant le souvenir des saveurs sauvages façonnées par les embruns. C’est donc lentement que l’habitude de vivre de la pêche, l’ivresse de suivre le barques de pêcheurs en tournoyant en groupe, les ailes déployées pour épouser le vent a été oubliée ; le confort et la chaleur du vaste dépôt firent le reste et notre colonie y prospéra. Il y eut quelques autres désagréments connexes …
Les ailes devenues inutiles s’atrophièrent, on s’en consola.
Les pattes durent s’arquer et se durcir pour fouir les masses en décomposition ; on en fit son affaire.
Les becs aussi se durcirent et prirent un aspect crochu semblable à celui des vautours. On en prit son parti.
Et pour finir, il fallut aussi s’accommoder de voir les rats dévorer la plupart des nichées. En effet, en l’absence de falaises, les oiseaux durent apprendre à couver à même les immondices, pour le plus grand profit des rongeurs qui les peuplent. Il fallut aussi passer cela par pertes et profits, et même feindre d’admettre que le contrôle de la natalité était un progrès, signe de l’avènement de temps modernes, prospères et radieux.

Survint un jour un grand Goéland venu de la ligne d’horizon, qui se surprit et se désola de voir ses frères de race à tel point diminués et enlaidis, si différents du projet des origines pour lesquels ils avaient été créés.
Informé de leurs coutumes, il versa tant des larmes au récit du destin des œufs dévorés que la colonie préféra ne pas lui parler des poussins qui l’étaient aussi. A leurs questions sur sa lignée il répondit sans hésiter, et grande fut leur surprise quand il les informa qu’il ne venait d’aucun dépotoir mais bien de la mer.
Et que mangeais-tu là bas ? s’étonna t-on.
Des poissons volants que j’attrapais en vol, leur fut-il répondu.
L’affaire fit grand bruit et provoqua un scandale médiatique sans précédent. Elle fut rapportée aux anciens qui la classèrent sans suite, ne sachant comment la traiter et espérant que le nouveau venu veuille admettre comme les autres les délices de l’ordure.

Mais le grand Goéland n’en fit rien. Loin d’adopter les coutumes de ses congénères, il se mit à leur raconter la mer.
Il faut cependant reconnaître qu’hormis quelques poussins personne ne l’écoutait. Il invoqua la noblesse des vastes oiseaux des mers, leur fit miroiter les récits antiques où la pureté et la virtuosité faisaient des soirs de tempête dans la lumière du couchant des moments de pure extase, les hautes falaises pleines d’abris où nicher en toute quiétude, et même, pour porter le débat à un niveau qui puisse être entendu des nouveaux boueux, de la saveur des sardines et des crevettes arrachées à l’écume. Bien peu l’entendirent.

Il parla de les conduire lui même à la mer.
On lui rit au bec.

Il proposa de les porter un à un sur son dos jusqu’au rivage.
On ne voulut même pas en entendre parler. Pire, on commença de lui jeter des détritus, et l’un des colons les moins aptes à voler, l’un des plus obèses le pinça cruellement et fit couler son sang.

Il parla encore, rapporta de la mer des poissons fraîchement pêchés, ce qui n’émut qu’une vieille mouette déplumée qui se souvint de sa première saison sur une île battue par les vents il y a fort longtemps, car ces oiseaux ont avec les hommes le point commun de mesurer leur âge en décennies. Mais la colonie le traita de sorcier et de menteur et s’il ne périt pas ce jour là c’est qu’il prit un essor que les autres ne purent suivre. Ils regagnèrent leur pays de remugles avec la satisfaction du devoir accompli.

A la consternation générale il était là le lendemain. Encore plus blanc. Encore plus décidé à leur parler de la mer, de sa lumière, et à les prier de renoncer aux remugles des détritus pour aller pêcher dans l’Infini.
Ils décidèrent alors de se débarrasser définitivement de l’Importun.
Feignant de l’écouter ils se ramassèrent en meute autour de l’Oiseau, le tuèrent et le dépecèrent sans pitié, allant jusqu’à absorber son sang pour ne plus laisser de trace. Cette fois on a gagné, on va enfin être tranquilles.
A peine une poignée de juvéniles purent-ils récupérer qui une plume, qui un brin de duvet après l’horrible curée. Bouleversés, ils résolurent de fuir le groupe criminel à la première occasion.

Le lendemain, douze jeunes oiseau blancs s’envolaient en hésitant dans la lumière de l’aurore tandis que les bulldozers s’avançaient vers le dépotoir et le reste de la colonie encore engourdie.

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Autres roses du désert :



Psaume 91:3-4
Je dis à l'Eternel: Mon refuge et ma forteresse, Mon Dieu en qui je me confie!
Il te couvrira de ses plumes, Et tu trouveras un refuge sous ses ailes; Sa fidélité est un bouclier et une cuirasse

dimanche 21 février 2010

Ce Dieu personnel et exigeant qui nous aime d'un amour fou.

Une terre aride, altérée, sans eau

J+M

Le carême est décidément, d’un point de vue spirituel, une époque bénie.
Jeûner peut dégager du temps, se priver d'un film libère environ 100 minutes pour autre chose. L'homme peut alors choisir de se dépouiller d’une partie de lui même pour revêtir les richesses que Dieu lui propose. C’est le “secret” qu’exprime Marie dans le Magnificat. Pendant ces 40 jours, il prend une actualité sensible pour nous :

Il comble de bien les affamés
Renvoie les riches les mains vides
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Il est donc avantageux d’être affamé, affamé de Dieu et de vérité, pour pouvoir être comblé puisque le mode d’emploi donné par Marie est clair : les riches sont renvoyés les mains vides et les pauvres sont comblés.
Donc, au désert où Dieu nous invite pendant le Carême, pas de riches, rien que des pauvres, des épris de Dieu, des cœurs qui le cherchent avec droiture et ne biaisent pas le pacte en exigeant que le dieu qu’ils veulent bien rencontrer soit semblable à ce qu'ils ont imaginé. Ce dieu là ne sera probablement qu’une idole faite de main d’homme, car notre Dieu est vraiment le Tout Autre, celui qui ne peut être connu que s’Il lui plaît de se révéler.
Restons au désert, la Bible à la main (ou mieux encore dans le cœur, c’est là sa vraie place), car nous aurons beaucoup à découvrir en contemplant ce Dieu personnel et exigeant qui nous aime d'un amour fou.
Le livre de la Genèse nous a déjà permis de contempler la somptueuse beauté de l’acte créateur de Dieu tirant Adam de la terre, et lui insufflant sa vie par un baiser d’amour.
Cette relation d’amour est tellement ineffable qu’il serait folle présomption de l’imaginer si le texte antique ne nous y autorisait. Elle est d’ailleurs parfaitement inimaginable pour un cœur de riche, un cœur suffisant de certitudes sur l’origine de l’homme, son devenir comme espèce, son rôle (pas toujours glorieux) dans le parcours de cette minuscule sphère qu’est la Terre où nous habitons. Or le problème de nos cœurs gavés de certitudes, de préjugés et de science est qu’il nous est de plus en plus difficile d’accepter la simplicité de cette relation d’époux (Dieu) à épouse (âmes) qui est la noblesse de notre vocation et que le projet divin proposait dès l’origine. On sait aussi que c'est ce projet que le Christ est venu restaurer.
Nous -genre humain façonné par le Potier divin-, sommes donc appelés à devenir semblables à lui et à lui être unis par une vraie relation sponsale.
Et pourtant, entre la terre de l’origine et le souffle divin du but, nous choisissons presque toujours la première sans hésiter, un peu comme l’a exprimé un Michel Tournier en décrivant son Robinson irrésistiblement attiré par la boue au point d’y passer de longues heures dans une soue à la fois malodorante et fascinante.
L’avantage de revenir au désert, celui où Dieu nous envoie comme Osée envoya jadis son épouse pour parler à son cœur (Osée 2: 14) ; est que le repos et l’expérience d’un dénuement volontairement accepté nous permettent de retrouver notre Nord spirituel. L’âme qui décide de prendre un peu de recul pendant le Carême desserre ainsi les liens de ses occupations nécessaires mais tyranniques et retrouve d'autres priorités. Elle pourra alors accepter peu à peu d’être séduite par son Dieu et, sous la caresse des mains du potier divin qui lui insuffle son souffle elle pourra s’écrier :

Dieu, c'est toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau.


La réponse de Dieu, son Esprit donné comme un souffle dans notre chair, donnera à ceux qui le recevront la joie de pouvoir dire avec l’épouse du Cantique des Cantiques :

qu’Il me baise des baisers de sa bouche !

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3º rose du désert

Cantique des Cantiques 1 : 2

Qu'il me baise des baisers de sa bouche! Car ton amour vaut mieux que le vin

Psaume 63 . 2

Dieu, c'est toi mon Dieu, je te cherche, mon âme a soif de toi, après toi languit ma chair, terre sèche, altérée, sans eau.

Luc 1, 53

Il comble de bien les affamés , renvoie les riches les mains vides.


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