
J+M
Le mois d'octobre, associé aux vendanges et aux engrangements, offre
plusieurs rendez-vous liturgiques auxquels l'âme aux inquiétudes mystiques ne
peut qu'accourir avec empressement. Je n'en citerais que 3 ou 4 qui font, pour
ma part, mes délices et dans lesquels mes inquiétudes de chrétien en pèlerinage
trouvent à s'apaiser.
Précédé par la fête de la Saint Michel qui donne le la de toutes ces
festivités, le mois d'octobre s'ouvre avec la fête de Sainte Thérèse de
Lisieux, la plus grande sainte des temps modernes qui est montée au Ciel avant
ses 25 ans telle une flèche décochée par un archer amoureux, la fête de Notre
Dame du Rosaire que l'on célèbre le deuxième dimanche d'octobre, la date
anniversaire des apparitions de Fatima le 13 octobre, et enfin le 15 octobre la
fête de sainte Thérèse d'Avila appelée la grande ou la Madre.
Encore un de ces mois festifs où de fortes figures féminines nous
accompagnent dans notre pèlerinage, pour la confusion des acariâtres de tout
poil qui, sous l'effet d'une myopie étonnante, croient devoir accuser l'Eglise
de misogynie. La vérité finit toujours par s'imposer, c'est l'erreur qui est
caduque et frappée d'obsolescence.
Revenons aux célébrations du calendrier liturgique, car en ce 15 octobre
c'est un plaisir très vif que de pouvoir évoquer la figure de la sainte
d'Avila, réformatrice du Carmel, et première de cordée sur les escarpements de
l'oraison.
Le caractère enjoué de la Madre et son enracinement dans le réel sont
devenus légendaires, on ne la présente plus. Je souhaite simplement rappeler
quelques pétales dans l'extraordinaire florilège qu'elle nous a légué, et dont
l'actualité n'a rien perdu depuis des siècles.
En premier lieu, sa conversion. C'est extraordinaire de se souvenir qu'elle
est entrée assez jeune au couvent, comme le faisaient souvent les jeunes filles
de bonne maison qui cherchaient une position honorable. Le monastère en
offrait, qui n'étaient pas négligeables, et sans doute un vif amour du Seigneur
et de l'Eglise la poussa-t-il à se consacrer. Mais ce premier pas ne lui
permettait pas de devenir celle qu'elle était en Dieu, et un travail
extraordinaire l'attendait.
Pourtant c'était plutôt mal parti : la jeune Thérèse, bien que vertueuse et
inquiète, rapporte dans son Autobiographie qu'elle ne se souciait point tant de
la gloire de Dieu que des feux du monde qui continuaient de scintiller même
derrière les grilles de son couvent. Peu assidue aux offices, elle acceptait
volontiers de passer au parloir un temps peut être trop long, et de se laisser
raconter les dernières nouvelles du Monde. Ceci dura la bagatelle de dix neuf
ans.
Ce fut- bien sûr- l'amour qui la sauva. Sa connaissance des offices, et ;
partant, de la Parole de Dieu, stagnait pour ainsi dire au niveau de son
intellect sans atteindre sa terre d'élection, celle où elle peut germer et
fructifier : le lieu du coeur.
De son avis même, ce fut la pitié de Dieu qui la sauva. Elle en fit
l'expérience décisive face à une représentation du Christ aux outrages, qui
soudain cessa d´être un simple objet pour devenir quelque chose d'intime : le
supplice qu'une Personne avait subi en expiation de ses péchés à elle. Cette
prise de conscience la bouleversa à tel point qu'elle en tomba malade, passa
des jours à pleurer, bref, se convertit. Ce qui prouve que cette expérience
peut même se produire dans un couvent, et fondre sur des âmes consacrées. Dieu
est grand !
Cette révolution copernicienne devait conduire Thérèse sur des chemins
inexplorés. Elle devint la porteuse d'un projet original, celui la réforme du
Carmel, qui devait récupérer sa vocation de lieu de rencontre avec Dieu, de
confusion des faux prophètes (ici, l'esprit du monde glissé jusque derrière les
grilles des monastères).
Bien évidement cette entreprise lui valut tous les désagréments imaginables
: hostilité de sa hiérarchie toute entière, inimitié des Carmes qui
n'acceptaient pas cette réforme et s'accommodaient fort bien des accommodements
introduits au fil des âges, qui avaient affadi la saveur sublime de la
spiritualité de la montagne sainte, incompréhension et suspicion générale, on
connaît les épines dont ce chemin est semé.
La découverte du lieu du cœur lui permit de faire des progrès rapides dans
l'oraison. Elle découvrit le "château intérieur" que tout être
humain,
Temple du saint esprit, porte en lui, et où réside l'ineffable majesté de
Dieu.
A force d'en explorer les moindres espaces elle devint une vraie maîtresse
pour des générations de novices à qui elle enseigna l'oraison, ce qui devint
une des grâces les plus significatives de la vocation des Carmélites, qui se
retirent du monde pour adorer et, par le parfum de leurs prières, le
sanctifier. Cette fécondité spirituelle justifie pleinement l'antonomase
affectueuse qui la désigne comme "la Madre".
Son exquise connaissance de la demeure de Dieu en les âmes lui valut de
faire une singulière expérience mystique, rarement décrite, cette de la Transverbération.
Ce mot rude et d'aspect rébarbatif concerne une aventure spirituelle
remarquable, celle de la réalisation physique, dans le cœur d'une personne, de
l'excès de son amour. C'est un peu l'équivalent des stigmates, mais sur le cœur.
Son cœur blessé d'amour lui permit d'atteindre de grands sommets de
connaissance et de familiarité avec le Seigneur, sans la priver de son robuste
bon sens très incarné, qui lui faisait dire à une novice stupéfaite de la
trouver en extase en train de léviter dans la cuisine du couvent un
"cállate boba"(tais-toi, nigaude), devenu proverbial.
Elle ne perdit jamais le sens du réel, protégea des générations de novices
des excès d'une règle trop stricte, y introduisant des moments de récréation et
de partage pour la cohésion et la joie de la communauté.
Sainte Thérèse a été proclamée Docteur de l'Eglise. Cet éminent hommage
rend justice à un enseignement préoccupé de l’essentiel. Son œuvre allie un
équilibre subtil entre la réalité d'en Haut et les contingences d'en bas, un
esprit d'adoration et d'humilité, c’est une somme immense, écrite en style pas
toujours très simple, mais enjoué, réjouissant et pédagogique.
Qu'elle nous aide dans la réforme, toujours repoussée, du sanctuaire de
notre propre coeur. Le vain fracas des soins d'ici bas nous éloigne de notre
dignité de prêtres, prophètes et rois. Oui, qu'elle nous aide à aimer Dieu de
tout notre cœur, de façon moins théorique et plus pratique. Nous ne sommes pas
appelés tous à la grâce d´être transpercés physiquement par une épée de feu,
mais nous pouvons tous progresser dans l'amour effectif de Dieu et du prochain.
Notre siècle, en voie de déchristianisation rapide a besoin de héros. A l'Ecole
de la Madre, nous pouvons le devenir. Nous avons tant à apprendre à son Ecole
pour alimenter une relation vivante avec le Sauveur dans la contemplation,
source de délices dont nous nous privons trop souvent.
+++++
Les armes du combat :
Les armes du combat :
Que rien ne te trouble
Que rien ne t’épouvante
Tout passe
Dieu ne change pas
La patience triomphe de tout
Celui qui possède Dieu
Ne manque de rien
Dieu seul suffit !
Que rien ne t’épouvante
Tout passe
Dieu ne change pas
La patience triomphe de tout
Celui qui possède Dieu
Ne manque de rien
Dieu seul suffit !
Sainte
Térèse
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