
C’est , comme le signale justement mon amie Nicole mon côté méridional qui est en jeu. Dès qu’il s’agit de parler de quelque affaire du Midi me voilà en verve parait-il. Et s’il s’agit d’une bestiole, encore plus. Alors pour ne pas démentir cette réputation, un nouveau petit coup de cigale et de Midi.
Il y a, on l’a vu, pas mal de choses
dans la Cigale que je trouve absolument fascinantes.
Outre son enthousiasme et son
orchestre personnel qui lui fait entonner si justement l’hymne que l’on sait.
C’est sa résolution.
Voici un animal qui vient de passer 4
ans dans un sous-sol humide, qui y a pris ses habitudes, qui a fini par y faire
son trou, et par connaître les bons circuits conduisant aux bonnes racines.
Elle a su mériter, se faire
honorablement connaître de ses amies et éviter ses ennemis, bref sous terre
elle est chez elle, dans son élément.
Elle a tiré parti de ses forces
minuscules et de la boîte à outils que Tu lui avais donnée. Toute sa longue vie
d’insecte elle l’a passée sous terre à sucer des racines et à creuser. Or il
advient que sous l’impulsion de l’instinct elle quitte tout son monde connu et
fait un grand saut – figuré– dans l’Inconnu. Elle monte à la surface !
Chose qui ne lui était probablement
jamais arrivé.
Il est bien entendu que c’est pour
elle une question de vie ou de mort. Soit elle émerge, soit elle meurt. Quels
que soient les risques, rien ne l’empêchera de se hisser au tronc d’un arbre et
d’y grimper.
Or voici que la « chétive pécore » (ah
l’école de St Siffret et ses leçons de français, de récitation et de calcul)
n’hésite pas et se lance tête baissée dans une aventure où elle a tout à perdre.
Habitudes, situation, prestige,
connaissances, alimentation et revenu.
Comme Abraham au pays d’Ur en Chaldée
qui part pour la Terre qui pour être promise n’en est pas moins inconnue et
sans doute pleine de périls.
Là encore la bestiole nous donne une leçon
magistrale d’abandon à la Providence.
Je l’entends déjà si elle était
affectée d’un cœur humain.
Je l’entends déjà se plaindre des
heures supplémentaires à creuser pour aller en haut alors que sa formation
c'est d'aller vers le bas ;
Qu’on ne lui a pas versé son indemnité
de mue et son allocation de perte d’exuvie (je sais que j’exagère Nicole mais
c’est vraiment ce mot qu'on emploie chez les cigales).
Qu’elle a cotisé au fonds de racines
et d’humeurs et que c’est pas pour qu’on lui demande une participation
exceptionnelle aux frais d’ascension qui risque de la pénaliser dans sa
progression de carrière.
Si elle appartenait à une église elle
dirait qu’elle a toujours chanté en langue sacrée et qu’on ne lui fera pas
marmonner des trucs modernes la tête en bas (ou en battant des mains, ou face
au peuple, ou dans la main, que sais-je encore ?)
demandera que fait Rome pour parer à
de tels scandales et s’étonnera que la conférence épiscopale ne soit pas
sensible à son cas
Elle écrira même un blog pour
condamner sévèrement l’effroyable destin des cigales d’Irlande qui s’y sont
fait prendre
Bref pas à elle non, on ne la lui fera
pas. Et elle restera dans son trou , où elle périra.
Sans avoir connu l’ivresse du Ciel
bleu, l’odeur de la Résine dans le chaud Mistral, le goût de la Sève des
Amandiers tatoués de Lichens oranges.
Elle périra sans avoir vu ses ailes
pousser, sans avoir reçu la grâce de la fécondité
Moignon inerte et inutile au fond
d’une galerie sombre.
Mais –Dieu merci– c’est bel et bien un
cœur pur et léger de Cigale qui bat sous ses ailes transparentes. Elle est donc
montée sans hésiter, probablement sans un regard en arrière pour ses anciens
domaines et sa vie passée. Elle a lu dans St Paul aspirez aux choses d'en haut et elle a cru
en la Parole de Dieu, elle a donc vu le Ciel et elle a fait preuve de grandeur
et c’est à présent la fête à la cymbale et la garrigue entière le sait !
Ouf !
On a failli avoir peur.
Merci Seigneur de nous donner ce soir
un grand cœur de Cigale, et pas un de ces vilains petits cœurs d’homme.
Allons pour exuvie (en copié-collé):
RépondreSupprimer"Chez les arthropodes ou chez les vertébrés, l’exuvie est l'enveloppe (cuticule ou peau) que le corps de l'animal a quitté lors de la mue et qui est remplacée par une nouvelle."
Pour autant, ta prose redevient, dès que le mistral te caresse les oreilles et que les "bêtes à Bon Dieu" te frétillent au coeur, ce qu'elle a toujours été... paternité mise à part (ah, ces engluements que nous vaut le bonheur d'être parents !)... Un festival d'images et de de verve, teinté d'humour, sous couvert de fable ou plutôt d'épopée... digne disciple (et là ce n'est pas St Siffret que te l'apprit) du "réalisme magique", le mot étant ici admis sans connotation diabolique, simplement littéraire. Je cite encore wikipédia :
"L’appellation réalisme magique est utilisée depuis 1925 par la critique littéraire et la critique d’art pour rendre compte de productions où des éléments perçus et décrétés comme « magiques », « surnaturels » et « irrationnels » surgissent dans un environnement défini comme « réaliste », à savoir un cadre historique, géographique, culturel et linguistique vraisemblable ou ancrée dans une réalité reconnaissable". Autant dire que la cigale, en plein Gard, c'est du quotidien palpable !! Une forme moderne de la parabole quoi !!